Frise chronologique
1118
Fondation de l'abbaye
Fondation de l'abbaye
1118 (≈ 1118)
Première abbaye-fille de Clairvaux sous saint Bernard.
1118 (10 octobre)
Arrivée des premiers moines
Arrivée des premiers moines
1118 (10 octobre) (≈ 1118)
Abbé Roger et moines de Clairvaux s’installent.
1135-1145
Construction de l'église romane
Construction de l'église romane
1135-1145 (≈ 1140)
Plan « bernardin » inspiré de Clairvaux.
1703
Incendie destructeur
Incendie destructeur
1703 (≈ 1703)
Cloître et dortoir détruits, reconstruits en 1716.
1785
Transformation de l'église
Transformation de l'église
1785 (≈ 1785)
Transept et chœur supprimés pour usage paroissial.
1794
Vente comme bien national
Vente comme bien national
1794 (≈ 1794)
Début des démolitions et dispersion des matériaux.
1944
Classement monument historique
Classement monument historique
1944 (≈ 1944)
Protection officielle du site.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Ensemble comprenant l'église, les anciens bâtiments conventuels, le portail, les communs entourant la première cour et le jardin avec son décor de statues et de vases jusqu'à la lisière du parc à l'est : classement par arrêté du 14 mars 1944
Personnages clés
| Guillaume de Champeaux - Évêque de Châlons |
Fondateur de l’abbaye en 1118. |
| Saint Bernard - Abbé de Clairvaux |
Envoya les premiers moines à Trois-Fontaines. |
| Roger - Premier abbé de Trois-Fontaines |
Dirigea l’installation des moines en 1118. |
| Hugues de Châlons - Abbé puis cardinal-évêque d'Ostie |
Abbé en 1147, nommé cardinal en 1150. |
| Jacques de Pecorara - Abbé puis cardinal-évêque de Préneste |
Abbé en 1223, cardinal en 1231. |
| Louis de Lorraine-Guise - Premier abbé commendataire |
Nommé en 1536, cardinal et évêque. |
| Henri Thiard de Bissy - Abbé commendataire |
Supervisa la reconstruction post-incendie (1716). |
| Pierre Guérin de Tencin - Abbé commendataire et cardinal |
Ministre d’État, abbé de 1739 à 1753. |
Origine et histoire
L'abbaye cistercienne de Trois-Fontaines fut fondée en 1118 dans le diocèse de Châlons-en-Champagne, à l’initiative de Guillaume de Champeaux, évêque de Châlons. Ce dernier obtint un domaine dans la forêt de Luiz pour y établir une communauté monastique, avec l’appui d’Hugues de Vitry et d’autres donateurs. Le 10 octobre 1118, l’abbé Roger et des moines envoyés par saint Bernard depuis Clairvaux s’installèrent sur le site, marquant la naissance de la première abbaye-fille de Clairvaux. Les donations successives permirent aux moines de développer des granges et des activités économiques variées, comme l’exploitation de forges, de salines et de moulins.
Au XIIe siècle, les moines de Trois-Fontaines fondèrent plusieurs abbayes cisterciennes en Europe, dont Orval (Belgique), Hautefontaine, et Szentgotthárd (Hongrie). L’abbaye connut une première église en bois, rapidement remplacée par une église en pierre suivant le plan « bernardin » de Clairvaux, avec des influences architecturales similaires à celles de Fontenay. Les fouilles de 1963 ont révélé des vestiges de cette église romane, caractérisée par des berceaux transversaux et des croisées d’ogives, partiellement modifiées au XVIIIe siècle.
L’abbaye traversa les siècles sans destructions majeures jusqu’à un incendie en 1703, qui ravagea une partie des bâtiments. La reconstruction débuta en 1716 sous l’abbatiat commendataire de Henri Thiard de Bissy, avec l’édification d’un nouveau cloître, d’un dortoir, et d’un portail monumental achevé en 1741. Au XVIIIe siècle, l’église fut transformée pour devenir paroissiale : le transept et le chœur furent supprimés en 1785, et une nouvelle abside semi-circulaire fut ajoutée. Malgré ces modifications, l’abbaye conservait des éléments romans et classiques.
La Révolution française marqua un tournant : l’abbaye fut vendue comme bien national en 1794. Son acquéreur initial ne put honorer le paiement, et les matériaux furent en partie dispersés. En 1805, une gravure anglaise montrait les bâtiments dépouillés, et en 1825, seuls trois des huit travées de la nef subsistaient. Une famille de Saint-Dizier racheta ensuite le site, stoppant les destructions mais laissant l’église à l’abandon. En 1840, une partie des bâtiments fut convertie en habitation. Classée monument historique en 1944, l’abbaye est aujourd’hui un site privé, ouvert au public par une association.
L’architecture de l’abbaye mêle des vestiges romans du XIIe siècle, comme les croisées d’ogives et les bas-côtés voûtés, à des éléments classiques du XVIIIe siècle, dont un portail monumental et une cour encadrée de pavillons. Bien que partiellement démolie, l’église conserve des arcs et des ogives resculptés, tandis que le parc environnant, doté d’un bassin et de statues allégoriques, offre un cadre romantique. Le site abrite également un musée du vélo, ouvert les dimanches d’été.
Trois-Fontaines joua un rôle majeur dans la diffusion du cistercianisme, fondant neuf abbayes en France et en Europe centrale. Parmi ses abbés notables figurent Hugues de Châlons, devenu cardinal en 1150, et Jacques de Pecorara, nommé cardinal en 1231. La commende, introduite en 1536 avec Louis de Lorraine-Guise, marqua une période de transformations architecturales, notamment sous les abbatiats de Pierre Guérin de Tencin et François-Joachim de Bernis. Le site reste un témoignage de l’influence spirituelle et économique des cisterciens en Champagne.