Origine et histoire de l'Abbaye de Valmont
L'abbaye Notre‑Dame‑du‑Pré de Valmont, primitivement appelée Sainte‑Marie de Valmont, est une abbaye bénédictine située sur la commune de Valmont, en Seine‑Maritime, en Normandie, et l'édifice bénéficie d'une protection partielle au titre des monuments historiques. Fondée en 1169 par Nicolas d'Estouteville et confiée à des moines venus de l'abbaye de Hambye, elle servit de nécropole à la famille d'Estouteville et n'accueillit jamais plus d'une vingtaine de moines. L'église abbatiale, plusieurs fois détruite et reconstruite, ne fut réellement achevée qu'au XVIe siècle et a accueilli l'inhumation de la comtesse Marie II de Saint‑Pol. Les bâtiments conventuels furent édifiés entre 1676 et 1682 sur l'ordre de Louis de La Fayette, abbé commendataire, qui chercha à introduire la réforme de Saint‑Maur en 1680 ; l'abbaye fut finalement réformée par les Mauristes en 1754 et connut une phase de reconstruction dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Dissoute à la Révolution, la communauté monastique fut dispersée en 1789 et les bâtiments vendus comme biens nationaux en 1791 à des propriétaires privés. Au XIXe siècle, Eugène Delacroix fréquenta le domaine familial de Valmont, en tira un dessin conservé au musée du Louvre et reconstitua à partir de fragments un vitrail placé au‑dessus du portail ; il exécuta également en 1834 trois peintures aujourd'hui au musée national Eugène‑Delacroix. L'abbaye a retrouvé sa vocation religieuse en 1994 avec l'arrivée de bénédictines de Notre‑Dame‑du‑Pré de Lisieux ; elle a été restaurée avec l'aide des monuments historiques sous la direction de l'architecte Dominique Moufle, et la nouvelle église abbatiale de Valmont a été consacrée en 2004.
L'ensemble abbatial comprend l'église abbatiale reliée à la porterie par une galerie, le chapitre et le dortoir ; autour du cloître s'organisent le parloir, la cellèrie, la cuisine, la bibliothèque et des ateliers, tandis qu'une orangerie, un potager, une serre, un vivier et un verger complètent le domaine. De l'abbatiale proprement dite subsistent principalement les ruines du chœur, construit en 1520 : il est formé de quatre travées droites et se termine par un rond‑point à cinq pans ouvrant sur un déambulatoire où s'ouvre la chapelle dite de Six‑Heures. Les grandes arcades en plein cintre reposent sur des piles monocylindriques et sont surmontées d'un triforium composé de colonnettes ioniques géminées ; l'ensemble affiche un style Renaissance très pur, ordonnance dirigée par Jehan Ribaud, alors à la tête de Valmont, qui fit restaurer l'abbaye dans le goût du temps et put employer des ouvriers italiens. Au‑dessus du portail se trouve le vitrail reconstitué par Delacroix, et le Musée des Antiquités de Rouen conserve des verrières du XVIe siècle provenant de l'abbaye.
La chapelle axiale, commandée par Jehan Ribaud et construite en 1520, est dédiée à la Vierge et constitue la partie la mieux conservée de l'ancienne église après l'effondrement de la nef en 1730 ; appelée chapelle de Six‑Heures, elle est considérée comme la merveille artistique du site par son architecture entièrement Renaissance. Sa voûte présente des nervures saillantes qui aboutissent sur une clé circulaire évidée en coupole ; sur l'autel repose une croix en pierre provenant de l'ancien cimetière des moines, datée du XIIIe siècle. La chapelle abrite les tombeaux, gisants et dalles funéraires des sires d'Estouteville et de leurs épouses, datés des XVe et XVIe siècles ; les vitraux, datés de 1552, retracent la vie de la Vierge et, au‑dessus de l'autel, une Annonciation est attribuée à l'école de Germain Pilon.
Au titre des monuments historiques, la chapelle absidiale et les ruines des autres parties de l'abbatiale ont été classées le 2 novembre 1951, les façades et toitures de l'ensemble des bâtiments conventuels ainsi que la sacristie située au sud du déambulatoire ont fait l'objet d'un arrêté le 24 décembre 1965, et l'enclos monastique dans son ensemble — sols et vestiges archéologiques, clôture, portails, porterie, aménagements de jardins, étang, canaux, canalisations, vivier, murs intérieurs, bâtiment conventuel, façades et toitures du logis abbatial et la cave de l'abbé en sous‑sol — a été inscrit par arrêté le 26 janvier 1995. Une succession d'abbés est connue au fil des siècles, parmi lesquels Jean Ribaud, qui entreprit des travaux après 1515, et Louis de La Fayette, lié à la tentative d'introduction de la réforme de Saint‑Maur.