Origine et histoire de l'Abbaye de Vauluisant
L'ancienne abbaye cistercienne de Vauluisant, dite Vallis lucens, est située près de Courgenay dans l'Yonne. Sa fondation est généralement attribuée à des moines de l'abbaye de Preuilly vers 1127-1129, sur les conseils de saint Bernard de Clairvaux, même si certaines sources mentionnent une première initiative liée à Pontigny. Rapidement prospère, la communauté fait construire une église abbatiale au XIIe siècle et développe une importante exploitation agricole ainsi qu'un réseau de dépendances, dont la grange de Touchebœuf. Les bâtiments conventuels primordiaux (église abbatiale, cloître, salle capitulaire) ont disparu, tandis que subsistent notamment la porterie et la grange (XIIIe siècle), le colombier et les communs (XVIIe siècle) et le logis des hôtes, aménagé au XVIIIe siècle et devenu le centre du domaine depuis lequel s'organisent les axes du jardin. Ce jardin a été redessiné au XIXe siècle, en 1867-1868, par E. Lesueur de Sens et E. Frévault. L'abbaye connaît des périodes de déclin et de rénovation : pillages et destructions pendant la guerre de Cent Ans, prospérité renaissante à la fin du Moyen Âge, puis difficultés aux XVIe et XVIIe siècles sous l'effet des guerres de Religion, des lourdes impositions royales et de l'instauration du régime de la commende. La réforme de la Stricte Observance, imposée au XVIIe siècle, conduit à une remise en état importante des bâtiments et fait de Vauluisant un noviciat cistercien pour un temps. Les cisterciens restent sur place jusqu'à la Révolution ; l'abbaye est fermée et partiellement démantelée, de nombreux éléments architecturaux et œuvres sont dispersés aux alentours et certaines œuvres sont conservées en divers lieux, notamment la Mise au Tombeau transférée à l'église de Villeneuve-l'Archevêque et des objets recueillis pour François Roger de Gaignières aujourd'hui à la BnF. Sous la Restauration, l'ensemble est acquis par le baron Campy, puis acheté en 1835 par Léopold Javal qui en fait sa résidence secondaire et développe l'exploitation agricole, organisant dès 1847 des concours agricoles. Après la Seconde Guerre mondiale, le domaine est transmis à la famille Gamby, toujours propriétaire, qui a restauré plusieurs bâtiments et continue les travaux de conservation. Les vestiges de l'abbaye ont été protégés au titre des monuments historiques à partir de 1930 et classés en 1951, avec des inscriptions complémentaires en 1930, 1951 et 1994 ; ils appartiennent au domaine privé. Une liste des abbés, partiellement incomplète, couvre la période de la fondation à la dissolution en 1791 et distingue abbés réguliers et abbés commendataires. Le site, entretenu avec l'aide d'une association de bénévoles, est ouvert au public tous les dimanches après‑midi d'avril à octobre.