Frise chronologique
1132
Fondation de l'abbaye
Fondation de l'abbaye
1132 (≈ 1132)
Par sept moines de l'abbaye de Bégard.
1375
Pillage par le duc de Lancastre
Pillage par le duc de Lancastre
1375 (≈ 1375)
Pendant la guerre de Cent Ans.
1542
Nomination d'André de Torsolis
Nomination d'André de Torsolis
1542 (≈ 1542)
Abbé commendataire imposé par Henri II.
1598
Pillage par La Fontenelle
Pillage par La Fontenelle
1598 (≈ 1598)
Lors des guerres de Religion.
1789
Abolition de la quévaise
Abolition de la quévaise
1789 (≈ 1789)
Nuit du 4 août, suppression des droits féodaux.
1914
Classement monument historique
Classement monument historique
1914 (≈ 1914)
Protection de l'église abbatiale.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Eglise de Relecq (cad. G 91) : classement par arrêté du 27 mars 1914
Personnages clés
| Saint Paul Aurélien - Fondateur légendaire |
Lié à une abbaye antérieure au VIe siècle. |
| André de Torsolis - Abbé commendataire |
Nommé en 1542 contre la volonté des moines. |
| La Fontenelle - Chef de brigands |
Pille l'abbaye en 1598. |
| Dom Claude-François Verguet - Dernier prieur |
Présent jusqu'à la Révolution, député en 1789. |
| Jean-Baptiste Moreau - Prieur restaurateur |
Responsable de travaux au XVIIe siècle. |
Origine et histoire
L'abbaye du Relec, aussi appelée abbaye du Relecq, fut fondée en 1132 par sept moines venus de l'abbaye de Bégard, sur un site probablement occupé auparavant par une abbaye bénédictine liée à saint Paul Aurélien. Située dans la vallée du Queffleut, au pied des monts d'Arrée, elle suit la règle cistercienne, combinant prière, étude et travail manuel. Les moines défrichent les terres et développent un système agricole innovant, la quévaise, attirant des paysans en échange de droits d'usage stricts.
L'abbaye connaît son apogée entre les XIIe et XVe siècles, malgré des pillages comme celui de 1375 par les troupes du duc de Lancastre. Elle introduit un système hydraulique sophistiqué, avec étangs, fontaines (dont une dédiée à Notre-Dame, réputée miraculeuse) et douves pour irriguer les jardins. Les moines jouent aussi un rôle clé dans le développement de l'activité toilière locale, favorisant l'ascension sociale des juloded, paysans aisés de la région.
À partir du XVIe siècle, l'abbaye décline : des abbés commendataires non résidents se succèdent, comme André de Torsolis, nommé en 1542 malgré l'opposition des moines. Pillée pendant les guerres de Religion (notamment en 1598 par La Fontenelle), elle est partiellement restaurée aux XVIIe et XVIIIe siècles, mais tombe en ruines avant la Révolution. En 1789, seul le prieur Dom Verguet et trois autres moines y résident encore. L'église, transformée en étable, est classée monument historique en 1914.
La quévaise, système de tenure égalitaire imposé aux paysans, génère des tensions durables. Les quevaisiers, soumis à des obligations lourdes (champart, corvées, interdiction de clôturer les terres), se révoltant à plusieurs reprises, notamment en 1727. Aboli en 1789, ce système laisse une empreinte sociale forte, souvent associée à l'émergence d'idées égalitaires dans la région. L'abbaye, aujourd'hui propriété du Finistère, accueille toujours un pardon annuel le 15 août, attirant des milliers de fidèles.
Architecturalement, l'abbatiale mêle styles roman (XIIe siècle) et gothique (remaniements des XVe et XVIIIe siècles). Ses chapiteaux sculptés, son retable baroque du XVIIe siècle et ses peintures murales découvertes en 2015 en font un exemple rare d'art cistercien en Bretagne. Les ruines des bâtiments conventuels, la fontaine monumentale du XVIIIe siècle et les étangs rappellent son passé monastique et agricole.
Depuis 2006, l'abbaye fait partie des Chemins du patrimoine en Finistère, un réseau de sites historiques gérés conjointement. Des concerts et expositions y sont organisés par l'association Abbati ar Releg, perpétuant son rôle culturel et spirituel dans les monts d'Arrée.