Origine et histoire
L'abbaye du Val-Chrétien, ou Vallis Christiana, est une abbaye de chanoines de l'ordre de Prémontré fondée en 1134 par Raoul de Cramaille et son épouse Gilla. Située à Bruyères-sur-Fère (Aisne), sur les bords de l'Ourcq, elle est confirmée par Josselin de Vierzy, évêque de Soissons, et le pape Eugène III. Les premiers religieux proviennent de l'abbaye Saint-Martin de Laon. Thibaud IV de Champagne lui octroie des terres près de Dormans en 1142, et une communauté féminine s’y établit avant d’être transférée en 1145 pour fonder l’abbaye de Sainte-Croix de Dormans.
Pendant la guerre de Cent Ans, l’abbaye est incendiée par les Anglais, et ses moines sont emmenés en captivité. Seul un religieux, Pierre, reste sur place et entreprend sa reconstruction après la guerre. Il devient abbé et rachète les prisonniers. L’abbaye prospère jusqu’à la Révolution : en 1790, l’Assemblée constituante abolit les vœux monastiques, et le Val-Chrétien est vendu comme bien national en 1791. Transformée en ferme, elle conserve des vestiges remarquables, comme les ruines de son église du XIIe siècle, inscrites aux monuments historiques en 1928, et son cloître partiellement préservé.
L’abbaye possède un patrimoine foncier important, avec des biens à Arcy-Sainte-Restitue, Brasles, ou Le Plessier-Huleu. Parmi ses reliques, on compte le crâne de saint Ghislain et l’humérus de saint Gilles. Son architecture, notamment les chapiteaux sculptés de l’église, rappelle celle d’Oulchy-le-Château, avec des motifs de feuillages fantastiques. Après des inscriptions complémentaires en 2022 (ailes du cloître, logis abbatial, porterie du XVIIIe siècle), le site témoigne encore aujourd’hui de son passé religieux et médiéval.
L’abbaye est dirigée par des abbés réguliers puis commendataires à partir de 1516, parmi lesquels Symphorien Bullioud (évêque de Soissons), François Tallemant (aumônier de Louis XIV), ou Dominique de Bellon (chanoine de Chartres). Ces figures marquent son histoire jusqu’à sa fermeture en 1790, lorsque les moines prêtent serment à la constitution civile du clergé. Les descriptions de l’abbé Pécheur (1859) soulignent la beauté des ruines, malgré leur état de dégradation après des siècles de transformations.
Classée monument historique pour ses vestiges médiévaux, l’abbaye illustre l’héritage des Prémontrés en Picardie. Son portail du XVIIIe siècle, ses granges, et son logis abbatial complètent un ensemble où se mêlent architecture religieuse et réutilisation agricole. Les fouilles et protections récentes (2022) visent à préserver ce patrimoine, tout en ouvrant une fenêtre sur la vie monastique et les bouleversements révolutionnaires qui ont scellé son destin.