Fondation de l’abbaye 26 juin 1137 (≈ 1137)
Par des moines de Morimond sur des terres données.
1281
Cession de Réauville
Cession de Réauville 1281 (≈ 1281)
Terres cédées au comte de Provence.
1791
Expulsion des moines
Expulsion des moines 1791 (≈ 1791)
Saisie révolutionnaire, bâtiments transformés en étables.
1815
Restauration par les trappistes
Restauration par les trappistes 1815 (≈ 1815)
Retour des moines après 25 ans d’abandon.
1873
Séismes destructeurs
Séismes destructeurs 1873 (≈ 1873)
Dégâts causés par un essaim sismique.
1942-1944
Rôle dans la Résistance
Rôle dans la Résistance 1942-1944 (≈ 1943)
Cache de Juifs, résistants et faux papiers.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Personnages clés
Gontard de Loup - Seigneur de Rochefort
Donateur des terres en 1137.
Père Étienne - Restaurateur de l’abbaye
Mène les travaux à partir de 1815.
Frère Luc - Moine trappiste
Novice à Aiguebelle, futur moine de Tibhirine.
Origine et histoire
L’abbaye Notre-Dame d’Aiguebelle est une fondation cistercienne établie le 26 juin 1137 par des moines de l’abbaye de Morimond, sur des terres données par Gontard de Loup, seigneur de Rochefort. Située aux confins du Dauphiné et de la Provence, dans les actuelles communes de Montjoyer et Réauville (Drôme), elle tire son nom de aqua bella (« eau pure »), en référence à sa source hydraulique. Dès le XIIe siècle, le monastère possède les terres environnantes et prospère grâce à l’agriculture et à l’élevage, tout en aménageant des granges, dont une donnera naissance au village de Montjoyer.
Les XIIe et XIIIe siècles marquent l’apogée de l’abbaye, mais la guerre de Cent Ans l’appauvrit durablement. En 1281, l’abbé cède la terre de Réauville au comte de Provence. Après des siècles de dépendance à cette province, l’abbaye est rattachée à la Drôme après la Révolution. En 1791, les moines sont expulsés, et les bâtiments, transformés en étables ou caves, tombent en ruine. Ce n’est qu’en 1815 que des trappistes suisses restaurent le site, retrouvant une communauté florissante (233 moines en 1850) et relançant des activités artisanales et agricoles, dont une célèbre chocolaterie transférée à Donzère en 1895 pour préserver la vocation spirituelle du lieu.
L’abbaye joue un rôle discret mais crucial pendant les deux guerres mondiales. Durant la Première Guerre mondiale, son infirmerie accueille des soldats blessés. Sous l’Occupation, les moines fabriquent de fausses cartes d’identité pour les réfractaires au STO et cachent des Juifs et des résistants, malgré les menaces de la Gestapo en 1944. Le site, endommagé par un essaim de séismes en 1873, conserve aujourd’hui une architecture médiévale remarquable, avec son cloître, son église et la ruelle des convers, unique en France avec Fontfroide. Depuis 1815, Aiguebelle a essaimé plusieurs fondations, dont les abbayes Notre-Dame-des-Neiges (Ardèche) et Notre-Dame de l’Atlas (Algérie, puis Maroc).
Au XXIe siècle, l’abbaye abrite encore une communauté de 22 moines trappistes (2025), perpétuant une tradition de prière, de travail manuel et d’accueil. Son histoire reflète les bouleversements politiques et religieux de la France, de la féodalité à la Résistance, en passant par les restaurations du XIXe siècle. Le site, toujours actif, témoigne de la résilience des ordres monastiques et de leur ancrage dans le patrimoine local.