Origine et histoire de l'Abbaye Notre-Dame
L'abbaye Notre-Dame d'Argenteuil, initialement un monastère de bénédictines, est attestée dès le VIIe siècle. Fondée par le seigneur Ermenric et son épouse Nummane, elle accueille les filles des familles princières mérovingiennes. Au IXe siècle, Théodrade, fille de Charlemagne, en devient prieure et reçoit la relique de la tunique du Christ, selon une tradition attestée plus tard. Ravagée par les Vikings, elle est restaurée à la fin du Xe siècle par Adélaïde d'Aquitaine, épouse d'Hugues Capet.
Au XIIe siècle, Héloïse, connue pour sa relation avec Abélard, y étudie avant d'en devenir prieure en 1129. Un conflit avec l'abbé Suger mène à l'expulsion des religieuses en 1129, transformant l'abbaye en prieuré masculin dépendant de Saint-Denis. Les moines y redécouvrent la tunique en 1156, attirant des pèlerinages jusqu'au XIVe siècle. La guerre de Cent Ans, la peste et les Grandes Compagnies ruinent le monastère, qui tombe en commende au XVIe siècle.
Au XVIIe siècle, la tunique est à nouveau vénérée grâce à la congrégation de Saint-Maur, mais le déclin s'accélère. Le prieuré, vendu comme bien national en 1790, est démoli pour servir de carrière de pierres. Les vestiges, redécouverts en 1989, sont classés monuments historiques en 1996. Le site, ouvert au public depuis 2014, conserve des traces de l'abbaye, d'une nécropole mérovingienne et de son passé viticole.
L'abbaye était un lieu de pouvoir et de spiritualité, lié à des figures comme Charlemagne, Héloïse et Suger. Sa tunique, objet de dévotion, a attiré rois et pèlerins jusqu'à sa disparition architecturale. Les fouilles modernes ont permis de reconstituer partiellement son histoire, révélant son rôle central dans l'histoire religieuse et sociale d'Argenteuil.
Les éléments préservés, comme la chapelle Saint-Jean et une cave dimière, témoignent de son importance médiévale. La Vierge à l'Enfant, dite Notre-Dame d'Humilité, et des fragments architecturaux conservés au musée de Cluny, rappellent son héritage artistique. Les ostensions de la tunique, relancées au XIXe siècle, perpétuent sa mémoire jusqu'à aujourd'hui.