Origine et histoire de l'Abbaye Notre-Dame
L'abbaye Notre-Dame d'Yerres fut fondée entre 1124 et 1132 par Eustachie de Corbeil, fille de Ferry de Châtillon, pour accueillir des religieuses bénédictines en transit, souvent expulsées d’autres monastères comme celui d’Argenteuil dirigé par Héloïse. Établie au confluent du Réveillon et de l’Yerres, à 15 km au sud de Paris, elle dépendait initialement du diocèse de Sens avant de passer sous celui de Paris en 1622. Étienne de Senlis, évêque de l’époque, lui octroya des dîmes et des églises, tandis que Guillaume Ier Le Loup, bouteiller de France, en devint un bienfaiteur.
Au XIIe siècle, l’abbaye reçut des dons significatifs, comme la moitié de la dîme de Villabé ou des terres à Oysonville. Vers 1280, une maison parisienne, la maison de la Pie, fut acquise pour loger les moniales. Les vicissitudes financières des XVIIe et XVIIIe siècles conduisirent à la dégradation des bâtiments. En 1695, l’ermitage de Notre-Dame-de-Consolation en forêt de Sénart fut rattaché à l’abbaye. La Révolution française marqua un tournant : les bénédictines furent expulsées en 1792, une partie des bâtiments détruite en 1793, et le reste vendu comme bien national.
Au XIXe siècle, une manufacture de laine occupa les lieux jusqu’au milieu du XXe siècle. Rachat en 1971 par Paul Chaslin, ancien résistant et industriel, sauva temporairement l’édifice, avant son abandon dans les années 1980. Grâce à l’action d’associations locales comme Sahavy et malgré l’opposition municipale, l’abbaye fut inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1996. Une restauration partielle en 2008-2009 permit sa conversion en logements, conciliant préservation patrimoniale et usage contemporain.
Aujourd’hui, seuls subsistent le dortoir du XVIe siècle et les bâtiments de la pharmacie et de l’abbesse du XVIIIe siècle, ces derniers intégrant des structures du XVIe siècle. L’abbaye illustre ainsi près de neuf siècles d’histoire, entre spiritualité bénédictine, bouleversements révolutionnaires et reconversions industrielles.
Parmi les figures marquantes, Anne Brûlart, religieuse au XVIe siècle, appartenait à une famille influente : ses sœurs étaient moniales à Montmartre et aux Filles-Dieu de Paris, tandis que ses frères étaient moines à Saint-Denis. Leur père, Pierre II Brûlart, était conseiller du roi au Parlement de Paris. Les abbesses, au nombre de quarante-cinq jusqu’à la Révolution, menaient une vie austère, avec des règles alimentaires strictes, comme l’autorisation exceptionnelle de consommer des œufs à certaines dates.
Les propriétés de l’abbaye incluaient des terres à Bourg-la-Reine, Briis-sous-Forges, et des droits de dîme à Varennes. Le fief de Bourg-la-Reine, acquis par échange avec Louis VI le Gros en 1132, témoigne de son importance économique. Malgré les pillages et incendies du XXe siècle, la mobilisation citoyenne a permis de sauver ce patrimoine rare en Île-de-France.