Origine et histoire de l'Abbaye Notre-Dame
L’abbaye Notre-Dame de Beaugency s’inscrit dans le castrum (cité fortifiée) de Beaugency, attesté dès le Xe siècle et consolidé aux XIe-XIIe siècles. Ce complexe comprenait une première enceinte, un donjon (appelé à tort « tour César »), un logis seigneurial (futur château Dunois), et une église collégiale devenue abbatiale au XIIe siècle. Les chanoines, suivant la règle de saint Augustin, y occupaient un rôle central dans la vie religieuse et sociale de la région. La fondation de l’abbaye entre 1104 et 1108 par Raoul de Beaugency, sous l’impulsion de la réforme grégorienne, marqua l’affranchissement des chanoines de la tutelle seigneuriale, posant les bases d’un monument roman emblématique.
La construction de l’abbatiale s’échelonna en deux campagnes majeures vers 1140 : d’abord le chevet, le transept et les bas-côtés, puis la nef et la façade occidentale. L’édifice devint un lieu clé de l’histoire de France, notamment en 1152, lorsque l’annulation du mariage de Louis VII et Aliénor d’Aquitaine y fut prononcée, événement précurseur de la guerre de Cent Ans. Trois siècles plus tard, en 1429, Jeanne d’Arc libéra la citadelle des Anglais, renforçant son statut symbolique. Les guerres de Religion, en 1568, causèrent d’importants dégâts (incendie de la charpente), plongeant l’abbaye dans une période de déclin jusqu’à son rétablissement par les chanoines génovéfains au XVIIe siècle.
Au milieu du XVe siècle, la tour du Diable fut édifiée pour renforcer les défenses. Les reconstructions des XVIIe-XVIIIe siècles (1685-1701) intégrèrent des vestiges romans, comme des baies géminées bouchées, témoignant du cloître médiéval. À la Révolution, l’abbatiale fut préservée en devenant église paroissiale, tandis que les bâtiments conventuels furent réaffectés : lycée (par les sœurs de la Charité en 1920), hôtel, et espaces éducatifs. Aujourd’hui, l’abbaye, partiellement classée Monument Historique (1862 pour l’abbatiale, 2006 pour les ailes et la tour), se visite en plusieurs entités distinctes, offrant un panorama architectural du XIe au XVIIe siècle.
Le site conserve des traces de ses multiples vies : l’abbatiale Notre-Dame, toujours active comme église paroissiale ; le cloître et la tour du Diable, intégrés au lycée de l’Abbaye ; et l’ancien dortoir transformé en hôtel. Ces réaffectations reflètent l’adaptation constante du patrimoine à travers les siècles, tout en préservant des éléments clés comme le grand escalier lambrissé du XVIIe siècle ou les vestiges du cloître roman. Les sources archéologiques et textuelles, bien que fragmentaires, soulignent son rôle de pivot religieux, militaire et social en Val de Loire, de l’époque médiévale à nos jours.