Origine et histoire de l'Abbaye Notre-Dame
L'abbaye Notre-Dame de Bernay, située dans la commune éponyme en Normandie, fut fondée vers 1015 par Judith de Bretagne, épouse du duc Richard II de Normandie. Ce monastère bénédictin, dédié à Notre-Dame, est l’un des premiers exemples d’architecture romane en Normandie, avec un chevet échelonné et des piles composées innovantes. Son église abbatiale, conçue sous la direction de l’abbé Guillaume de Volpiano, un moine italien expert en architecture, devint un modèle pour d’autres édifices normands. La fondation fut achevée après la mort de Judith en 1017, grâce à l’intervention de Richard II, qui confia le chantier à Guillaume de Volpiano, connu pour ses travaux à Fécamp et Jumièges.
L’abbaye connut une histoire mouvementée : dépendante initialement de l’abbaye de Fécamp, elle obtint son autonomie sous l’abbé Vital de Creuilly (1050-1076), qui éleva son prestige. Au XIIe siècle, Bernay devint un centre économique grâce à son industrie drapière, mais subit des incendies (1249), des pillages pendant les guerres de Religion (1563, par l’amiral de Coligny), et des destructions lors de la révolte des « Gauthiers » (1589). Les Mauristes, à partir de 1628, entreprirent d’importants travaux, dont la reconstruction du cloître et une façade classique, tout en altérant certains éléments romanes comme les chapiteaux, recouverts de stuc.
L’abbaye fut supprimée en 1790 pendant la Révolution et ses bâtiments réaffectés à des usages civils (hôtel de ville, tribunal, prison, sous-préfecture). Au XIXe siècle, l’église abbatiale servit même de halle au blé avant d’être partiellement démolie. Des restaurations majeures, initiées en 1963 par la ville de Bernay et les Monuments historiques, permirent de redécouvrir des éléments médiévaux, comme un arc du XIIe siècle et des chapiteaux du croisillon sud. Aujourd’hui, l’abbaye témoigne de l’évolution architecturale normande, mêlant influences bourguignonnes, italiennes et locales, et reste un site classé Monument historique depuis 1862.
L’église abbatiale, en forme de croix latine, présentait à l’origine une nef de sept travées, un transept saillant avec absidioles, et un chœur terminé par une abside en hémicycle. Son élévation à trois niveaux (grandes arcades, tribunes avec baies géminées, fenêtres hautes) préfigura le « mur épais normand », caractéristique des grandes églises romanes. Les chapiteaux, sculptés par trois ateliers distincts au XIe siècle, mêlent motifs géométriques, influences byzantines (comme l’arbre de vie signé par Isembard) et réinterprétations corinthiennes. Les matériaux, incluant des réemplois gallo-romains et de la pierre de Caen, soulignent la complexité de sa construction, étalée sur plusieurs décennies.
Les spécificités de Bernay incluent son plan basilical avec chevet échelonné, rare en Normandie au XIe siècle, et ses piles composées expérimentales, combinant colonnes engagées et piliers rectangulaires. Le passage mural du croisillon sud, permettant la circulation vers la tour centrale, illustre une innovation reprise plus tard à Jumièges et Caen. Malgré des destructions partielles (abside gothique du XVe siècle, tour centrale arasée au XIXe siècle), les restaurations modernes ont permis de reconstituer en bois le chevet primitif. L’abbaye, classée parmi les Monuments historiques, reste un témoignage clé de l’art roman normand et de son rayonnement européen.
Les dimensions originales de l’abbaye (67 m de longueur intérieure, 19,50 m de largeur) et ses transformations successives reflètent son importance historique. Après la Révolution, ses bâtiments conventuels abritèrent la mairie, le tribunal, et un musée municipal. En 2022, une exposition d’Ernest Pignon-Ernest y fut organisée, soulignant son ancrage culturel contemporain. La flamme postale de Bernay en 1986 représenta l’abbatiale, symbole du patrimoine local. Aujourd’hui, le site allie vestiges médiévaux, restaurations modernes et usages publics, perpétuant son rôle central dans l’histoire normande.