Origine et histoire de l'Abbaye Notre-Dame de Fontaine-Guérard
L’abbaye de Fontaine-Guérard, située à Radepont dans l’Eure, est une abbaye cistercienne féminine fondée vers 1135 par Amaury Ier de Meulan sous forme d’un prieuré. Vers 1190, grâce à un don de Robert III de Beaumont, comte de Leicester, l’établissement connaît une renaissance. Avant 1207, les moniales rejoignent l’ordre de Cîteaux, et l’église est consacrée en 1218. Tous les bâtiments réguliers sont achevés en 1253, date à laquelle le prieuré devient une abbaye sous saint Louis.
L’abbaye est un exemple d’architecture gothique anglo-normande, avec une salle capitulaire considérée comme l’une des plus belles de son style. Les bâtiments conventuels, peu modifiés après le Moyen Âge, offrent un témoignage intact de la vie monastique médiévale. Parmi les abbesses marquantes, Élisabeth de Maromme (1496-1540) et Élisabeth Le Cordier de Bigards (1619-1661) ont dirigé l’abbaye pendant plusieurs décennies et supervisé d’importants travaux.
À la Révolution, l’abbaye est vendue comme bien national. La dernière abbesse, Marie Madeleine-Eléonore du Bosc de Radepont, quitte le monastère en 1790. Les lieux deviennent une filature de coton au XIXe siècle, exploitant les pierres de l’abbaye pour construire les bâtiments industriels. En 1851, il ne reste que deux bâtiments et l’église. Au XXe siècle, l’Armée du salut acquiert le domaine et entreprend des restaurations, avant de le céder en 2013 à un propriétaire privé.
Les vestiges actuels incluent la chapelle Saint-Michel, le cellier voûté du XIIe siècle, la salle capitulaire aux voûtes quadripartites, et le dortoir des moniales. La salle de travail, ou ouvroir, conserve des traces de peintures médiévales originales. L’église abbatiale, bien que partiellement en ruines, montre un chevet plat typique des cisterciens et abrite un gisant du XIIIe siècle attribué à Marie de Ferrière, victime d’un meurtre commandité par son époux.
L’abbaye tire son nom d’une source, la « Fontaine-qui-guérit », essentielle à la fondation cistercienne. Les bâtiments, organisés autour d’un cloître aujourd’hui disparu, illustrent le plan traditionnel des abbayes féminines, avec des espaces dédiés aux moniales et aux sœurs converses. La salle capitulaire, le parloir et la sacristie reflètent la stricte observance de la règle cistercienne, notamment le silence et la séparation des espaces.
Classée monument historique en 1937, l’abbaye est aujourd’hui un site touristique majeur du Vexin normand. Elle a accueilli des événements culturels, comme le concours international de peinture en 2017, et reste un témoignage exceptionnel de l’architecture monastique médiévale, préservée grâce à des restaurations successives depuis le XXe siècle.