Origine et histoire de l'Abbaye Notre-Dame de Fontmorigny
L'abbaye Notre‑Dame de Fontmorigny, ancienne fondation cistercienne établie en 1149 à Menetou‑Couture dans le Cher, se situe au sud‑est de la commune, dans une vallée caractéristique des sites cisterciens, proche du hameau de la Feuillarde et à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Nevers, où l'abbaye possédait une maison intra‑muros. Le site révèle antérieurement, dès 1120, la présence d'une communauté bénédictine de tradition clunisienne qui, à la demande du seigneur de Montfaucon et de Pierre de La Châtre, s'affilie à l'ordre de Cîteaux par Clairvaux et amorce une restructuration des bâtiments au milieu du XIIe siècle. La constitution d'un domaine foncier et la construction commencent entre 1157 et 1181 ; la mention d'abbatia nova en 1170, la consécration de l'église en 1225 et l'achèvement du dortoir en 1245 sont autant d'étapes attestées de son développement. L'abbaye subit des dommages pendant la guerre de Cent Ans et fait l'objet de réparations à la fin du XVe siècle ; un nouveau logis abbatial est édifié au début du XVIe siècle, puis des travaux importants sont entrepris en 1722 avec la reconstruction du cloître et la réduction de la nef et de ses collatéraux. Vendue comme bien national en 1791, elle est transformée en exploitation agricole et accueille des ouvriers d'usines métallurgiques ; après une période de dégradation, une restauration commence en 1988 sous la direction de Mme Claude Mangeot, avec l'appui de la Fondation du Patrimoine.
Des vestiges du XIIe siècle subsistent principalement : l'abbatiale, le réfectoire des convers, la cave voûtée du logis d'entrée, des éléments de la porterie et du cloître ; les constructions mêlent moellons enduits et pierre de taille pour les ouvertures et les contreforts. L'abbatiale, orientée en croix latine, présente un chevet plat percé de trois lancettes surmontées d'un oculus et conserve des traces de campagnes de construction aux XIIe et fin XIIe siècles, puis des remaniements au XVIIIe siècle ; des carrelages en céramique glaçurée retrouvés en 1997 dans les chapelles orientales témoignent de phases de décoration et de circulation intérieure. Le transept et le chœur sont voûtés sur croisée d'ogives ; la croisée centrale, surélevée, porte le campanile en bois et des accès de bois desservaient les combles et la tribune.
Le bâtiment des convers, daté du XIIIe siècle, s'élève à l'ouest du cloître ; il conserve un rez‑de‑chaussée voûté avec chapiteaux à feuilles et se présente intérieurement en travées voûtées réparties sur huit carrés soutenus par des piliers octogonaux ; défiguré par des usages agricoles au XXe siècle, il a été restauré à partir de 1995 et sert aujourd'hui de salle de réception. Le cloître, rebâti au XVIIIe siècle, formait un rectangle de galeries voûtées éclairées par des arcades en plein cintre et desservait des pièces à rez‑de‑chaussée et à l'étage, accessibles par des escaliers droits en pierre ; ses galeries en élévation étaient pourvues de planchers ou de fausses voûtes en plâtre. Le logis abbatial, très remanié et partiellement ruiné, conserve au rez‑de‑chaussée deux travées voûtées d'ogives et des éléments plus anciens comme une cuisine et une tour à escalier en vis, ainsi que les caves et les annexes (jardin, vivier et colombier).
Le domaine comprenait un grand vivier creusé dans le roc, long d'environ 80 m sur 25 m, un réseau hydraulique important et un colombier en bordure de l'enclos ; ces aménagements soulignent l'exploitation des ressources naturelles et la maîtrise de l'eau par la communauté. Parmi les abbés historiques figurent Gilbert (vers 1149), Gui (qui obtient une bulle en 1205), Étienne de Corbigny et, à l'époque des abbés commendataires, des personnalités comme Louis‑Antoine de Boursault de Viantais et Henri de Cordon. Fontmorigny est fille de l'abbaye de Clairvaux et possédait notamment une maison à Nevers, avec caves voûtées servant de dépôt et de lieu de perception des droits.
Le blason attribué à l'abbaye met l'eau à l'honneur : d'azur à une fontaine d'or sur une motte de sinople, accostée de fleurs de lis d'or, un thème que l'on retrouve chez d'autres maisons cisterciennes et qui renvoie au rôle hydraulique du site. L'abbatiale, la boulangerie, le cellier et le logis d'entrée avec sa cave voûtée ont été classés Monuments historiques par décret en 1984, tandis que le reste de l'édifice fait l'objet d'une inscription sur l'Inventaire supplémentaire depuis 1925. Propriété privée de Mme Claude Mangeot, l'abbaye est ouverte au public selon une saisonnalité définie et sur rendez‑vous hors saison ; depuis 1998, le festival "Musique à Fontmorigny", organisé par l'Association des Amis de Fontmorigny sous la direction artistique d'Emmanuel Bardon, anime régulièrement le lieu, qui a également accueilli en 2009 la réalisation de sculptures et de vitraux contemporains confiée à Françoise Bissara‑Fréreau.