Origine et histoire de l'Abbaye Notre-Dame de Grestain
L'abbaye Notre-Dame de Grestain, située à Fatouville-Grestain en bordure de l'estuaire de la Seine (Normandie), est fondée vers 1050 par Herluin de Conteville et son épouse Arlette, mère de Guillaume le Conquérant. Selon la légende, Herluin, atteint de lèpre ou d’une souffrance spirituelle, aurait reçu en songe l’ordre de la Vierge Marie d’y édifier une abbaye près d’une source miraculeuse. La dotation initiale, modeste, reflète le statut social peu élevé d’Herluin à l’époque, mais l’ascension de sa famille, notamment grâce à son fils Robert de Mortain (demi-frère de Guillaume le Conquérant), permet à l’abbaye de s’enrichir. Une pancarte du XIe siècle, redécouverte au XXe, atteste des donations en Normandie et en Angleterre, signée par des figures majeures comme Guillaume le Conquérant et Odon de Bayeux.
L’abbaye, occupée par des bénédictins pendant 710 ans, connaît des périodes troubles : pillée en 1358 par les Anglo-Navarrais, elle est presque rasée, et les moines se réfugient à Rouen. À la fin de la guerre de Cent Ans, Charles VII y séjourne lors du siège de Honfleur. Le caractère conventuel est abrogé en 1757, et les bâtiments sont démolis vers 1766. Aujourd’hui, il en reste des vestiges protégés depuis 1975 : le logis abbatial, des murs d’enceinte, un portail du XIIIe siècle, et un pilier de l’église, où une plaque commémore les fondateurs enterrés sur place, dont Herluin et Robert de Mortain.
L’abbaye de Grestain possède trois prieurés, dont celui de Saint-Nicolas-du-Val-de-Claire à Honfleur, offert par Guillaume le Conquérant. Son blason, d’azur à trois fleurs de lys d’or, symbolise son lien avec la monarchie. Après des siècles de déclin, le site est restauré dans les années 1960 par Julie et Arnaud Wapler, puis ouvert au public. Une partie de son autel aurait été transférée à l’église Notre-Dame du Val (Saint-Pierre-du-Val). Les archives, comme la pancarte étudiée par David Bates, éclairent son rôle dans l’histoire normande et ses liens avec la famille du Conquérant.