Origine et histoire de l'Abbaye Notre-Dame de l'Épeau
L’abbaye Notre-Dame de l’Épeau, située près de Donzy (Nièvre), est un ancien prieuré cistercien fondé au début du XIIIe siècle. Son église, seul vestige encore debout, fut inscrite comme monument historique en 1927. Les ruines, perchées sur un promontoire à deux kilomètres du bourg, dominent la vallée de la Talvanne. Ce site fut édifié à l’initiative d’Hervé IV de Donzy, comte de Nevers, et de son épouse Mahaut de Courtenay, contraints par l’Église de financer trois monastères pour obtenir une dispense papale.
Le prieuré, rattaché à l’abbaye du Val des Choues (Côte-d’Or), adopta une règle monastique hybride, mêlant traditions bénédictines, cisterciennes et chartreuses (Ordo Valliscaulium). Construit sur un plateau surnommé Lespau (dérivé de Spallum), il abritait initialement des moines logés à la maison de La Tresche, propriété comtale, en attendant l’achèvement des bâtiments conventuels. Peu de documents subsistent, mais des actes de donation et des sépultures de la famille De La Rivière attestent de son importance locale.
L’histoire du prieuré fut marquée par des pillages répétés, réduisant l’ensemble à ses ruines actuelles. Au XVIIIe siècle, l’évêque d’Auxerre, Jean-Baptiste-Marie Champion de Cicé, constata son état de délabrement et ordonna sa vente en 1773. Acquis par la famille de la Barre, puis transmis à leurs descendants, le site appartient aujourd’hui à Christine de Genouillac, qui y organise des spectacles son et lumière. L’église, de style gothique primitif, conservait une nef de 53 mètres et une lanterne de 39 mètres, partiellement transformée en habitation.
Propriété privée, l’abbaye se visite sur rendez-vous pour les groupes, via l’office de tourisme de Donzy. Les vestiges, incluant le transept gauche (devenu chapelle) et des murs de la nef, offrent un aperçu de son envergure passée. Le site illustre ainsi le déclin des établissements religieux sous l’Ancien Régime, entre négligence des commendataires et spoliations successives.