Origine et histoire de l'Abbaye Notre-Dame de l'Épeau
Le prieuré Notre-Dame de l'Épeau est un ancien monastère cistercien fondé au début du XIIIe siècle, plus précisément en 1214, par Hervé IV de Donzy, comte de Nevers, et son épouse Mahaut de Courtenay. Ce couple, marié à un degré prohibé par l'Église, obtint une dispense du pape Innocent III à condition de financer la construction de trois monastères, dont celui de l'Épeau. Le prieuré fut rattaché à l'abbaye du Val des Choues en Côte-d'Or et adopta une règle originale mêlant les usages bénédictins, cisterciens et chartreux, connue sous le nom d'Ordo Valliscaulium.
Situé sur un promontoire près de la rivière Talvanne, le prieuré devait son nom à la forme du terrain, évoquant un épaulement (Spallum ou Espallum). Les premiers moines s'installèrent temporairement dans la maison de La Tresche, appartenant au couple comtal, en attendant l'achèvement des bâtiments conventuels. L'église, seule partie subsistante aujourd'hui, témoigne de l'importance de ce lieu de culte et de vie monastique.
Le prieuré connut des périodes tumultueuses, notamment lors des guerres de Religion. En 1568, il fut pillé par les reîtres de Casimir Wolfgang de Bavière, qui chassèrent les religieux. Un an plus tard, en 1569, les protestants de La Charité-sur-Loire, commandés par le capitaine Le Bois De Merille, massacrèrent le prieur Jean Mignard et dix prêtres des paroisses voisines. Ces événements marquèrent le déclin du monastère, qui ne se remit jamais complètement de ces destructions.
Au XVIIIe siècle, le prieuré, déjà en ruine, fut vendu en 1773 à Monsieur de la Barre, qui en fit l'acquisition avec sa fille. La propriété resta dans cette famille jusqu'à aujourd'hui. En 1760, l'évêque d'Auxerre, Jean-Baptiste-Marie Champion de Cicé, constata l'état de délabrement du lieu lors d'une visite pastorale et ordonna sa mise en vente. Les ruines de l'église, de style gothique du début du XIIIe siècle, mesurent 53 mètres de long pour 39 mètres de hauteur, mais ne conservent que des vestiges partiels, notamment le transept gauche transformé en chapelle et les murs du transept droit.
Aujourd'hui, le site est une propriété privée appartenant à Christine de Genouillac, qui y organise des spectacles son et lumière. Les visiteurs peuvent découvrir les ruines de l'église sur rendez-vous, offrant un aperçu de l'architecture et de l'histoire de ce monastère cistercien unique en son genre.