Origine et histoire de l'Abbaye Notre-Dame de la Clarté-Dieu
L'abbaye Notre-Dame de la Clarté-Dieu, ancienne abbaye cistercienne située à Saint-Paterne-Racan (Indre-et-Loire), a été fondée au début des années 1240 par l'évêque de Winchester Pierre des Roches, qui confia la mise en œuvre de sa décision à l'abbé de Cîteaux et dota l'entreprise de fonds. La vente du fief choisi, dans un vallon boisé alimenté par un cours d'eau et relevant de la châtellenie de Saint-Christophe, fut ratifiée en 1239 par Jean d'Alluye et son fils Hugues, et l'autorisation donnée par l'archevêque de Tours ; douze moines prirent possession le 22 juillet 1240. La Clarté-Dieu était fille directe de l'abbaye de Cîteaux et, selon la tradition cistercienne, conçue pour recevoir un groupe de douze moines fondateurs. L'implantation fut ambitieuse : l'abbatiale mesurait 57 mètres de long sur 20 de large et l'ensemble paraissait prévu pour accueillir une centaine de moines, alors même que la communauté resta souvent peu nombreuse. La croissance foncière et immobilière de la première moitié du XIVe siècle fut interrompue par la Guerre de Cent Ans : en février 1364 Amaury de Trôo pilla et incendia l'abbaye, et en 1383 les moines durent se réfugier au château de la Motte à Sonzay. Aujourd'hui un tiers seulement des constructions médiévales subsiste : l'aile ouest et une partie de l'aile sud, élevées au XIIIe siècle, un petit bâtiment à l'extrémité de l'aile ouest remanié au XVIe siècle et un grand pavillon reconstruit au XVIIIe siècle ; la datation dendrochronologique de la charpente de l'aile ouest donne 1274. L'abbatiale et une partie des bâtiments claustraux ont disparu, mais sont conservés le bâtiment des convers, le réfectoire et le pavillon du prieur. Le plan cadastral permet en outre d'identifier l'enceinte, la porte nord, le mur de clôture intérieur, la porte et le pont sud, des dépendances, le soubassement de l'aile sud des réfectoires, le grand pavillon classique et l'hôtellerie située hors de l'enceinte, appelée chapelle Notre-Dame ou des étrangers. Le grand pavillon, de plan rectangulaire et s'appuyant sur des bases anciennes, comprend quatre niveaux sous une haute toiture à quatre pans ; un procès-verbal indique son achèvement en 1733 et un fronton au sud porte les armes de l'abbaye, la date 1714 portée sur l'arcade étant erronée. Des inscriptions datent aussi certains remaniements : 1693 figure sur l'aile ouest, correspondant à l'aménagement en pigeonnier d'une partie sous l'arcade de l'escalier. Le bâtiment du pavillon n'était pas le logis abbatial, comme l'attestent des plaintes de 1749 sur l'état du logement de l'abbé commendataire ; il a pu servir de logement aux religieux, l'abbaye abritant le noviciat commun aux provinces de Tours et d'Angers. Après la Révolution, l'abbaye vendue comme bien national le 3 juin 1791 fut acquise par Jean-Baptiste Chicoyneau de Lavalette, revendue en 1793 à Pierre-Jacques Hachin, puis transmise par succession jusqu'à Louis-François de Sarcé qui l'acheta en 1822 ; la propriété passa ensuite par legs à la famille de Bouillerie. Sous ces propriétaires l'abbaye fut partiellement démantelée et ses matériaux réutilisés pour des constructions voisines, tandis que les bâtiments épargnés servirent d'exploitation agricole et que les caves furent utilisées comme champignonnière. À l'aube du XXIe siècle, certaines parties ont bénéficié de protections au titre des monuments historiques, avec notamment une inscription en 2006 pour la chapelle des étrangers et un classement en 2011 pour l'enclos monastique.