Frise chronologique
vers 850
Fondation carolingienne
Fondation carolingienne
vers 850 (≈ 850)
Attribuée à Charles le Chauve, petit-fils de Charlemagne.
Xe siècle
Destruction viking
Destruction viking
Xe siècle (≈ 1050)
Pillage et ruines; reconstruction à la fin du Xe.
1050–1130
Église romane
Église romane
1050–1130 (≈ 1090)
Construction puis remplacement par une église monumentale.
1304
Visite de Bertrand de Got
Visite de Bertrand de Got
1304 (≈ 1304)
Futur pape Clément V protège l’abbaye.
XIVe–XVe siècles
Guerre de Cent Ans
Guerre de Cent Ans
XIVe–XVe siècles (≈ 1550)
Incendies et pillages par les Anglo-Normands.
1770
Suppression définitive
Suppression définitive
1770 (≈ 1770)
Fusion des biens avec le séminaire de Poitiers.
1950 et 1980
Restaurations
Restaurations
1950 et 1980 (≈ 1980)
Trésor restauré par l’État, site racheté par D. Piéchaud.
2017
Classement MH
Classement MH
2017 (≈ 2017)
Protection totale des vestiges et du domaine.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
En totalité, les parties bâties et non bâties de l'abbaye, telles que représentées en rose et en rouge sur le plan annexé à l'arrêté (cad. D 95, 97, 920, 922) : classement par arrêté du 4 avril 2017
Personnages clés
| Charles le Chauve - Fondateur (vers 850) |
Petit-fils de Charlemagne, attribue la fondation. |
| Guillaume le Noble - Reconstructeur (fin Xe) |
Seigneur ayant relevé l’abbaye après les Vikings. |
| Bertrand de Got (Clément V) - Archevêque puis pape |
Place l’abbaye sous protection pontificale en 1305. |
| Aymery Texier - Abbé reconstructeur (XVe) |
Relève l’abbaye après la guerre de Cent Ans. |
| Dominique Piéchaud - Sculpteur-restaurateur (XXe) |
Rachète et restaure le site dans les années 1980. |
Origine et histoire
L’abbaye Notre-Dame de Nanteuil fut fondée vers 850 par Charles le Chauve, petit-fils de Charlemagne, sur un site où existait déjà un oratoire chrétien primitif attribué à saint Martial. Ce premier monastère bénédictin fut détruit au Xe siècle par les invasions vikings, puis reconstruit à la fin du même siècle sous l’impulsion d’un seigneur local, peut-être Guillaume Taillefer, comte d’Angoulême. L’archevêque de Bordeaux plaça alors l’abbaye sous la tutelle de Saint-Cyprien de Poitiers, marquant le début de son rayonnement spirituel et politique.
Au XIe siècle, un premier édifice roman fut érigé vers 1050, rapidement remplacé par une église imposante dont les chapiteaux datent des années 1125–1130. Les XIIe et XIIIe siècles marquèrent l’apogée de l’abbaye, enrichie par des dons et une collection de reliques qui motivèrent la construction du Trésor de Nanteuil, une tour carrée à arcatures encore visible aujourd’hui. En 1304, Bertrand de Got (futur pape Clément V) visita l’abbaye avant de la placer sous la protection du Saint-Siège, soulignant son importance sur la voie de Saint-Jacques-de-Compostelle.
La guerre de Cent Ans dévasta l’abbaye : incendiée par les Anglo-Normands, puis pillée par les Anglo-Gascons, elle perdit ses 18 cloches et ses reliques. Reconstruite au XVe siècle sous l’abbé Aymery Texier, elle déclina après sa mise en commende en 1530. Au XVIIe siècle, réduits à une vie séculière, les moines disparurent définitivement en 1770, lorsque l’évêque de Poitiers supprima l’abbaye pour fusionner ses biens au séminaire. Les ruines furent sauvés au XXe siècle par des restaurations, dont celle du Trésor dans les années 1950.
L’architecture de l’abbaye, aujourd’hui partiellement en ruines, révèle une église aux proportions colossales : trois nefs, un transept saillant et un chœur à déambulatoire, typiques de l’art roman. Le Trésor, salle voûtée à deux niveaux sans escalier intérieur, servit successivement de chartrier, de dépôt pour les reliques, puis de charnier après les pillages. Les vestiges incluent aussi des chapiteaux romans dispersés (musées d’Angoulême et Poitiers) et des peintures murales fragmentaires.
Située sur un chemin secondaire de Compostelle, l’abbaye joua un rôle économique et spirituel majeur en Charente. Ses domaines s’étendaient grâce à des donations, comme celle du seigneur Hyrvoix de Ruffec au XIIIe siècle. La suppression de 1770 visait à financer un collège à Ruffec, marquant la fin de huit siècles de vie monastique. Aujourd’hui, le site, classé Monument Historique en 2017, se visite l’été et témoigne de ce passé prestigieux.