Origine et histoire de l'Abbaye Notre-Dame
L’abbaye Notre-Dame de Paimpont trouve ses origines dans un monastère bénédictin fondé vers 630 par le roi de Domnonée, saint Judicaël, et son ami saint Méen, sur les bords de l’étang de Paimpont. Détruit au IXe siècle par les invasions normandes, le prieuré est reconstruit puis transformé en abbaye augustinienne en 1192 sous l’impulsion du prieur Tual. La construction de l’abbatiale gothique débute en 1199, marquée par une nef à voûtes de bois uniformes, un cloître et une rosace, bien que seules les voûtes de la nef subsistent aujourd’hui.
Au XVe siècle, l’abbé Olivier Guiho (élu en 1407) modernise l’édifice en ajoutant des voûtes en ogives de pierre, soutenues par des contreforts extérieurs, et érige un clocher à la croisée du transept. Ces travaux, incluant une charpente lambrissée ornée des armes de l’abbé, consolidèrent la structure. Les fenêtres, dépouillées et inspirées du XIIIe siècle, ainsi que la rose du bras sud — rare en Haute-Bretagne — témoignent de cette période de transition architecturale.
Le XVIIe siècle marque un tournant avec la Contre-Réforme : après 1649, l’abbaye, rattachée à l’ordre des Augustins de Paris, voit ses bâtiments conventuels reconstruits (Grand Logis, Manoir Abbatial) et son intérieur embelli d’éléments baroques et classiques. La statue du Christ en ivoire, les retables et les fresques du XVe siècle (redécouvertes en 2001) illustrent cette richesse. L’abbatiale, classée Monument Historique en 1966, abrite aujourd’hui la mairie et le presbytère, tout en restant un lieu de culte et de tourisme culturel.
Le trésor de la sacristie conserve des pièces exceptionnelles, comme le bras-reliquaire de saint Judicaël (XVe siècle), offert par les parents de la duchesse Anne de Bretagne, ou un calice en argent du XVIIe siècle. Le jardin paroissial, situé près de l’étang, comprend une grotte dédiée à Notre-Dame de Paimpont et une source, liés à la légende du roi Judicaël. L’abbaye, vendue comme bien national en 1790, fut restaurée entre 2001 et 2004, révélant des fresques médiévales et consolidant ses structures.
Architecturalement, l’abbaye mêle influences normandes (portes géminées, chapiteaux à culots coudés) et modèles cisterciens simplifiés (nef unique, dépouillement ornemental). Le portail ouest, typique du XIIIe siècle, avec ses anges orants et sa Vierge foulant le démon, contraste avec les ajouts du XVIIe siècle, comme les écrouettes. Les voûtes en bois du XVe siècle, remplaçant un projet initial en pierre, et la charpente à chevrons fermes témoignent des adaptations successives du bâtiment.
Aujourd’hui, l’abbaye allie fonctions religieuses (paroisse), administratives (mairie) et touristiques, avec des expositions estivales, des concerts (musique classique et celtique) et la mise en valeur de son patrimoine. La dernière restauration a permis de redécouvrir des détails architecturaux, comme le décor de faux appareil ocre rouge du XIIIe siècle, caché sous les voûtes. Son histoire, liée à la forêt de Brocéliande et à la légende arthurienne, en fait un site emblématique de Bretagne.