Origine et histoire de l'Abbaye Notre-Dame de Saint-Sever-Calvados
L'abbaye Notre-Dame de Saint-Sever est un ancien monastère bénédictin situé à Saint-Sever-Calvados, aujourd'hui commune déléguée au sein de Noues de Sienne, dans le département du Calvados en Normandie ; l'église abbatiale, devenue paroissiale, est classée aux monuments historiques. Le site tire son origine d'un ermitage fondé par saint Sever au VIe siècle et l'abbaye elle-même a été fondée au XIe siècle par Richard Goz, vicomte d'Avranches, et son fils Hugues le Loup, et rattachée à l'ordre de Saint-Benoît. Elle a joué un rôle notable dans la région et, après la conquête de l'Angleterre, Hugues le Loup y a lié des prieurés outre-Manche. L'essor de l'ordre cistercien au XIIe siècle a contribué à son déclin, aggravé par l'instauration de la commende au XVIe siècle et le refus de la réforme de Saint-Maur au XVIIe siècle. Transformée en forteresse pendant la guerre de Cent Ans, l'abbaye a été restaurée après un incendie en 1680 sous les abbés commendataires Charles-Madeleine Frézeau de La Frézelière et Charles de La Grange-Trianon, travaux dont datent les bâtiments monastiques actuels. La Révolution met fin à la vie monastique : l'abbaye devient manufacture de salpêtre et de drap en 1791, puis la commune achète l'église abbatiale en 1819 pour en faire l'église paroissiale. Les bâtiments monastiques, acquis par la commune en 1834, ont successivement abrité l'hôtel de ville, la justice de paix, le presbytère, la gendarmerie et des écoles ; l'aile est qui fermait le cloître a été détruite en 1838.
L'église abbatiale, construite en granite local au XIIIe siècle et remaniée au XVe siècle, présente un plan irrégulier de style gothique. La nef, courte car réservée aux moines dès le Moyen Âge, comporte deux travées voûtées sur croisée d'ogives sans fenêtres hautes et est flanquée de collatéraux inégaux : le collatéral nord, plus large, est couvert d'une voûte en bois. L'extrémité ouest, destinée à la paroisse, a été détruite au XIXe siècle. Le transept offre un croisillon nord d'une travée et un croisillon sud de deux travées ; la croisée est surmontée d'une tour-lanterne du XIIIe siècle, apparentée à celle de la cathédrale de Coutances, dont le passage du plan carré au plan octogonal s'effectue par quatre trompes moulurées. La tour, endommagée et partiellement réparée au XVe siècle, n'a été relevée que sur un des deux niveaux prévus et son élévation intérieure est fermée par une voûte moderne en bois et plâtre ; elle est coiffée d'un dôme à pans du XVIIe siècle et d'un lanternon aveugle couronné d'un bulbe.
Le chœur comprend trois travées droites et une abside à cinq pans éclairée par cinq hautes lancettes ; deux de ces baies conservent des vitraux du XIIIe siècle illustrant la vie du Christ, l'arbre de Jessé et la vie de saint Sever. Deux chapelles s'ouvrent de chaque côté du chœur : la chapelle nord comporte trois grandes travées précédées d'arcades sur le sanctuaire, la chapelle sud est plus large mais plus courte ; le mur sud du chœur est percé d'une grande fenêtre gothique ornée d'un vitrail composé de fragments du XVe siècle. À l'ouest, seule la porte ouvrant sur le collatéral sud est ancienne, la grande fenêtre flamboyante, le portail et le gable étant d'intervention moderne. Les toitures de la nef, des croisillons et du chœur forment des croupes pour dégager les baies de la tour-lanterne qui ne s'élèvent pas au-dessus des combles.
Les bâtiments claustraux se développent au nord de l'église autour d'un cloître disparu, disposition liée à la forte déclivité du terrain et à la brièveté de la nef. Ils ont été reconstruits ou remaniés après l'incendie de 1680 sous la direction de l'architecte Jean-Baptiste Flotard, moine de l'abbaye. L'aile ouest, logis abbatial du XVIIe siècle, est en granite avec jeux de couleurs entre granite bleu de Vire et granite roux ; elle comprend une cuisine, caves et celliers au rez-de-chaussée et des salles de réception à l'étage noble, un escalier monumental en fer à cheval et des combles à la mansarde ; cet édifice abrite aujourd'hui l'hôtel de ville et se prolonge au sud par un pavillon qui contenait l'infirmerie et qui sert maintenant de presbytère. L'aile nord, d'origine XVe siècle et surélevée au XVIIe siècle, abritait caves et celliers au niveau inférieur, le réfectoire au niveau du cloître, des salles d'hôtes à l'ouest et des chambres à l'étage ; elle est aujourd'hui destinée à des usages scolaires et associatifs et comporte une tourelle d'escalier à vis du XVe siècle. L'aile est a été entièrement rasée en 1838 ; elle comprenait la salle capitulaire, des cuisines et offices au rez-de-chaussée, la sacristie et d'autres pièces à l'étage ainsi qu'un grenier habitable.
Du cloître lui-même, dont les quatre galeries ont disparu, subsistent seulement les traces d'implantation, deux rangées de corbeaux ayant soutenu la charpente et des solins de pierre assurant l'étanchéité des toitures ; du côté sud, contre l'église, on note deux arcatures aveugles et un portail du XIIIe siècle, aujourd'hui muré, qui permettait la communication entre cloître et église.
L'ancienne église abbatiale du XIIIe siècle est classée au titre des monuments historiques par un arrêté du 3 février 1881. Parmi les abbés mentionnés figurent Henri L'Anglois (fl. 1389), Michel (fl. 1393), Guillaume Vigeon (fl. 1487), Antoine de Saint-Germain (fl. 1544), Charles-Madeleine Frézeau de La Frézelière (?-1694) et Charles de La Grange-Trianon (1694-1733).