Frise chronologique
1148
Fondation du monastère
Fondation du monastère
1148 (≈ 1148)
Par des moines cisterciens de Mazan.
1150
Érection en abbaye
Érection en abbaye
1150 (≈ 1150)
Donation par Guiran de Simiane à Pierre, premier abbé.
1544
Incendie pendant les guerres de Religion
Incendie pendant les guerres de Religion
1544 (≈ 1544)
Destruction partielle par les Vaudois.
1791
Vente comme bien national
Vente comme bien national
1791 (≈ 1791)
Préservée par son acquéreur.
1857
Rachat par l’abbaye de Lérins
Rachat par l’abbaye de Lérins
1857 (≈ 1857)
Restauration et retour des moines.
1921 et 1970
Classement monument historique
Classement monument historique
1921 et 1970 (≈ 1970)
Protection de l’église, cloître et ailes.
1970-1988
Centre culturel de Paul Berliet
Centre culturel de Paul Berliet
1970-1988 (≈ 1979)
Rencontres intellectuelles et artistiques.
2018-2024
Campagne de restauration
Campagne de restauration
2018-2024 (≈ 2021)
Sauvegarde de la nef menacée.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Eglise, cloitre, bâtiment contenant au rez-de-chaussée la salle capitulaire et au premier étage le dortoir voûté : classement par arrêté du 10 avril 1921 ; Aile à l'Ouest du cloitre ; façade et toitures de l'aile au Sud du cloitre (cad. I 151) : classement par arrêté du 27 novembre 1970
Personnages clés
| Alphant (ou Alsaur) - Évêque de Cavaillon |
Initiateur de la fondation en 1148. |
| Guiran de Simiane - Seigneur de Gordes |
Donateur du territoire en 1150. |
| Dom Barnouin - Abbé de Lérins |
Rachète Sénanque en 1857. |
| Paul Berliet - Industriel mécène |
Finance la restauration (1970-1988). |
| Élie Semoun et Stéphane Bern - Ambassadeurs médiatiques |
Soutien à la campagne de dons (2018). |
Origine et histoire
L'abbaye Notre-Dame de Sénanque, fondée en 1148 par des moines cisterciens venus de Mazan (Ardèche), devient abbaye en 1150 sous l’impulsion d’Alphant, évêque de Cavaillon. Installée dans le vallon de la Sénancole, elle prospère grâce aux donations des seigneurs de Simiane et de Venasque. Dès 1152, sa communauté, suffisamment nombreuse, fonde une seconde abbaye dans le Vivarais. Le monastère développe des « granges » (exploitations agricoles) gérées par des frères convers, mais son enrichissement au XIVe siècle entraîne une décadence temporaire, avant un retour à la rigueur originelle.
Au XVIe siècle, pendant les guerres de Religion, l’abbaye est incendiée par les Vaudois (1544), et son bâtiment des convers détruit. Au XVIIe siècle, réduits à deux moines, les religieux voient l’abbaye vendue comme bien national en 1791 à un acquéreur qui la préserve. Rachatée en 1857 par l’abbé de Lérins, Dom Barnouin, elle retrouve sa vocation monastique avec 72 moines, avant leur expulsion en 1903. L’abbaye est classée monument historique en 1921 (église, cloître, salle capitulaire) et en 1970 (ailes ouest et sud).
En 1926, Sénanque redevient un prieuré dépendant de l’abbaye de Lérins. En 1969, les cinq derniers moines quittent les lieux, laissant place à un centre culturel financé par Paul Berliet (1970-1988), où se rencontrent intellectuels et artistes (François Cheng, Edgar Morin, Michel Rocard). Les moines reviennent en 1988, et aujourd’hui, six cisterciens y vivent encore. L’abbaye, ouverte aux visiteurs, combine vie monastique, tourisme et activités artisanales (lavande, miel).
L’architecture romane de Sénanque, sobre et fonctionnelle, illustre l’idéal cistercien : abbatiale en calcaire, chevet semi-circulaire, clocher carré typique, et cloître aux chapiteaux à feuilles d’eau. La nef, menacée d’effondrement en 2018, a bénéficié d’une campagne de restauration (2,2 millions d’euros) grâce à des dons et au Loto du Patrimoine 2019. Les travaux, en cours, devraient s’achever au printemps 2024.
La vie monastique, toujours rigoureuse, alterne offices, prière et travaux manuels, dans le silence et la frugalité. Les moines accueillent des retraites spirituelles et vivent de la visite de l’abbaye, d’une librairie, et de la vente de produits locaux (lavande, miel). L’abbaye, symbole du patrimoine provençal, a aussi inspiré des œuvres culturelles, comme le roman Les Gardiens des pierres (Patrick Drevet, 1982).