Origine et histoire
L’abbaye Notre-Dame du Val, fondée en 1125 par des moines cisterciens venus de l’abbaye de la Cour-Dieu près d’Orléans, s’installe d’abord dans un site isolé à la lisière de la forêt de L’Isle-Adam. Cette fondation, seconde en Île-de-France après Preuilly, précède d’un siècle les abbayes royales de Royaumont et Maubuisson. Les premiers moines, logés dans des cabanes sommaires, défrichent les terres et assainissent les marécages environnants. La donation majeure d’Ansel I de L’Isle en 1136, confirmée par Louis VII en 1137, permet l’édification définitive de l’abbaye dans le Val Sainte-Marie, marquant le début de son essor.
Au XIIe et XIIIe siècles, l’abbaye connaît son apogée sous la protection des rois de France et des seigneurs locaux comme ceux de L’Isle-Adam et de Montmorency. Elle devient un lieu de sépulture privilégié pour les familles nobles de la région, abritant des tombeaux rivalisant avec ceux de Saint-Denis. La cession d’une carrière en 1156 par Dreux Buffé, seigneur de Méry, lance un vaste programme de reconstruction. L’abbaye accueille même des séjours royaux, comme ceux de Philippe VI de Valois (1333, 1338, 1344) et de Charles V (1366), avant de souffrir des ravages de la guerre de Cent Ans.
La décadence s’amorce au XVIe siècle avec l’instauration de la commende en 1507, remplaçant l’élection des abbés. Charles de Villiers de L’Isle-Adam, premier abbé commendataire nommé par François Ier en 1509, tente de restaurer la discipline et les finances, mais sa mort en 1535 plonge l’abbaye dans un déclin marqué par des querelles internes et des désertions. En 1580, l’abbé d’Arles de Lisy, devenu calviniste, abandonne le monastère, entraînant sa mise sous séquestre par Henri III. Ce dernier le confie aux Feuillants en 1580, mais le transfert effectif n’a lieu qu’en 1611 après les guerres de Religion.
Au XVIIe siècle, l’abbaye n’est plus qu’un prieuré desservi par quelques religieux. En 1639, un bornage et un arpentage des 2 000 hectares de terres foncières sont réalisés sur ordre royal, révélant l’étendue de son patrimoine, réparti entre la plaine de France, le Parisis et le Vexin. Les moines cisterciens y avaient développé des granges agricoles, comme celle de Valdampierre à Noisy-sur-Oise, encore en activité aujourd’hui. Malgré ce patrimoine, l’abbaye ne compte plus que huit religieux en 1768, puis six prêtres et un frère en 1790, année de sa fermeture définitive.
La Révolution française marque la fin de l’abbaye : déclarée bien national en 1790, elle est vendue en 1791 à un maître drapier parisien, Louis-Nicolas Varlet, pour 58 800 livres. Le dernier moine, dom Nicolas de Sainte-Marie, quitte les lieux en mars 1791 pour Orléans, où il meurt en 1807. Les bâtiments, transformés en carrière de pierre en 1845 pour construire le quartier des Batignolles à Paris, sont en partie détruits, mais le dortoir des moines et une galerie du cloître subsistent. Classée monument historique en 1947 et 1965, l’abbaye est aujourd’hui un site inscrit, ouvert aux visites lors des Journées du patrimoine ou sur rendez-vous.
Le domaine de 120 hectares, situé à cheval sur Mériel et Villiers-Adam, conserve des vestiges remarquables : le bâtiment des moines (XIIe–XIIIe siècles), avec sa salle capitulaire, son dortoir considéré comme l’un des plus beaux de France, et une galerie nord du cloître reconstruite en 1725. Les carrières médiévales, réaménagées en celliers et glacière au XIIIe siècle, ainsi que les ruines du moulin du XIIIe siècle et du moulin de Stors (XVIe siècle), témoignent de l’activité économique passée. Depuis 1988, l’association des Amis de l’abbaye œuvre à sa restauration et à son animation culturelle, organisant concerts, expositions et conférences.