Origine et histoire de l'Abbaye Notre-Dame et Saint-Paul de Bellevaux
L’abbaye Notre-Dame et Saint-Paul de Bellevaux, située à Limanton dans la Nièvre, est une fondation prémontrée dont l’origine exacte reste incertaine. Elle aurait été établie entre 1152 et 1188, soit par Guillaume III, comte de Nevers, soit par Rocelin de Marmagne et son épouse Damerone. Unique établissement de l’ordre en Nivernais, elle prospère grâce à un vaste temporel et devient la nécropole du Bazois. Son église, érigée au XIIIe siècle, et ses bâtiments conventuels, reconstruits au XVIIe siècle, témoignent de son importance régionale.
Au Moyen Âge, l’abbaye bénéficie du soutien de la noblesse locale, comme en 1240, lorsque le comte Guy IV de Forez et son épouse Mahaut de Courtenay placent ses biens sous leur protection. Les dîmes offertes en 1193 par Hugues II de Blain, seigneur de Château-Chinon, renforcent son influence. Malgré des destructions partielles (incendies, guerres de Religion), elle survit jusqu’à la Révolution, où elle est saisie comme bien national en 1790. Ses trois derniers religieux, dont le prieur Gilbert Desmazières, quittent les lieux après des tensions avec les autorités révolutionnaires.
L’architecture de Bellevaux mêle une église abbatiale du XIIIe siècle, aujourd’hui en ruine mais conservant des éléments gothiques (portail trilobé, contreforts), et des bâtiments conventuels du XVIIe siècle, organisés autour d’un cloître à arcades doriques. Le portail Renaissance du bâtiment sud, orné des armoiries de l’abbaye, et les vestiges du réfectoire, de la bibliothèque et des cellules monacales illustrent son évolution. Classée Monument Historique en 1997, l’abbaye, devenue propriété privée, ne se visite pas.
Le temporel de Bellevaux s’étendait sur des dizaines de localités, de Limanton à Moulins-Engilbert, incluant des dîmes, des terres et des cures (comme Frasnay-le-Ravier). Ses archives, conservées aux Archives départementales de la Nièvre, révèlent une gestion rigoureuse, avec des terriers datés de 1537 à 1615. La suppression de l’abbaye en 1768, décidée pour son faible effectif (trois religieux), échoue cependant sans explication. Sous la Révolution, ses cloches sont fondues, et ses bâtiments transformés en exploitation agricole.
Les abbés marquants incluent Michel-Celse-Roger de Bussy-Rabutin (1693–1736), qui contribue à sa restauration, ou Jean-Baptiste de Chaffois, dernier abbé avant 1790. Parmi les religieux, Pierre Minot (XVIe siècle) ou Gilbert Desmazières (priorat jusqu’en 1790) incarnent son histoire mouvementée. Les armes de l’abbaye (d’azur à la croix pattée d’or) et ses sceaux médiévaux à l’effigie de la Vierge soulignent son héritage spirituel et seigneurial.
Aujourd’hui, l’abbaye de Bellevaux, bien que protégée, reste méconnue du public. Son site, centré sur la vallée du Veynon, conserve des traces de son passé monastique, entre ruines médiévales et structures classiques. Les études historiques, comme celles de Norbert Backmund ou Edmond Martène, en ont éclairé les mystères, mais des zones d’ombre persistent, notamment sur sa fondation et ses liens avec d’autres abbayes prémontrées bourguignonnes.