Origine et histoire de l'Abbaye Royale
L'abbaye royale de Saint-Michel-en-l'Herm, fondée à la fin du VIIe siècle par l'évêque de Poitiers Ansoald, fut un monastère bénédictin influent dans le Marais poitevin. Son nom, mêlant culte de saint Michel et racine grecque eremos (« désert »), reflète sa double vocation : évangélisation et vie érémitique dans un milieu hostile. Les moines, inspirés par le monachisme irlandais, s’installèrent sur une île au confluent du Lay et de la Sèvre niortaise, transformant progressivement des terres insalubres en espaces cultivables grâce à des travaux d’endiguement et de drainage.
Détruite par les Normands en 877, l’abbaye fut restaurée au Xe siècle sous l’impulsion d’Ebles, évêque de Limoges, et consacrée en 1047. Au Moyen Âge, elle devint un acteur économique majeur grâce au commerce du sel et à la maîtrise des voies fluviales, finançant des projets comme le canal des Cinq-Abbés (1217), fruit d’une collaboration avec quatre autres abbayes. Protégée par des seigneurs locaux comme Savary III de Mauléon, elle fut fortifiée et épargnée durant la guerre de Cent Ans en payant des rançons.
Les guerres de Religion marquèrent un tournant tragique : en 1568, les huguenots assiégèrent et pillèrent l’abbaye, brûlant sa bibliothèque et causant la mort de 400 personnes. Après seize ans d’abandon, une reconstruction partielle fut entreprise sous les abbés commendataires, dont Mazarin (1647–1661), qui faillit causer sa disparition en léguant ses revenus au collège des Quatre-Nations. Sauvée in extremis, elle fut rénovée par les Mauristes au XVIIe siècle, avant d’être vendue comme bien national en 1790.
Classée monument historique en 1973, l’abbaye conserve des vestiges médiévaux (salle capitulaire, chauffoir) et des bâtiments des XVIIe–XVIIIe siècles (logis abbatial, réfectoire). Son histoire illustre les liens entre pouvoir religieux, aménagement territorial et conflits, depuis sa fondation jusqu’à sa privatisation après la Révolution. Aujourd’hui propriété de la famille Le Roux, elle témoigne de huit siècles de transformations architecturales et sociales en Vendée.
L’abbaye joua aussi un rôle clé dans l’assèchement du Marais poitevin, combinant expertise monastique et partenariats avec des seigneurs locaux via des contrats de paréage. Ces travaux, initiés dès le XIIe siècle, permirent l’agriculture et l’élevage, modifiant durablement le paysage. Son déclin au XVIIIe siècle, lié à la raréfaction des vocations et aux réformes, contraste avec son âge d’or médiéval, où elle rivalisait avec les abbayes de Luçon ou Maillezais.