Origine et histoire de l'Abbaye Saint-Bénigne
L'abbaye Saint-Bénigne de Dijon, fondée au IXe siècle par les moines bénédictins, est l’un des plus anciens établissements religieux de Bourgogne. Selon la légende, elle aurait été édifiée à l’emplacement du tombeau de saint Bénigne, martyr chrétien du IIe siècle, après une apparition à l’évêque Grégoire de Langres. Attestée dès le VIe siècle comme lieu de dévotion, elle adopte la règle bénédictine vers 870 sous l’impulsion de l’évêque Isaac et du roi Charles le Chauve. La communauté monastique, initialement modeste, s’agrandit considérablement après la réforme menée par Guillaume de Volpiano en 989, envoyée par l’abbé Mayeul de Cluny.
La reconstruction de l’abbatiale, lancée en 1001 par Guillaume de Volpiano et l’évêque Brunon de Roucy, marque un tournant avec l’édification d’une basilique doublée d’une rotonde, symbole du renouveau monastique. Incendiée en 1137, l’abbatiale est reconstruite en style roman, puis transformée en gothique entre 1280 et 1393 après l’effondrement de la basilique en 1271. Les Bénédictins de Saint-Maur entreprennent au XVIIe siècle des modifications classiques, avant que l’abbatiale ne devienne cathédrale en 1792, à la suite de la dissolution des ordres religieux pendant la Révolution.
L’aile romane du XIe siècle, parmi les plus anciennes de France, abrite depuis 1930 le musée archéologique de Dijon. Ce dernier occupe la salle capitulaire (XIe siècle), le scriptorium, et le dortoir gothique (XIIIe siècle), tandis que le palais abbatial du XVIIIe siècle accueille aujourd’hui l’École nationale des beaux-arts. La crypte, les tympans sculptés (XIIe–XIIIe siècles), et les sépultures médiévales témoignent de son riche passé. Classée Monument Historique, l’abbaye conserve aussi des archives majeures, dont un cartulaire du IXe siècle et des bulles papales.
La rotonde, chef-d’œuvre de l’an mil, illustre l’influence de Guillaume de Volpiano, figure clé de la réforme monastique. Les fouilles archéologiques (1976–1978) ont révélé des éléments de l’église primitive et du cloître, où 65 sépultures ont été exhumées, dont celles de moines, seigneurs et même un duc de Pologne. Les tympans sculptés, comme celui du Christ en majesté (XIIe siècle), et les pierres tombales médiévales (dont certaines conservées au musée) soulignent son importance artistique et funéraire.
L’abbaye a également joué un rôle politique et économique, grâce à des donateurs comme Otte-Guillaume, comte de Mâcon, et à la gestion de ses terres, comme l’achat de la seigneurie de Ville-Comte en 1287. Après la Révolution, ses bâtiments ont été réaffectés : le cellier (XIIIe siècle) et le logis abbatial (XVIIe–XIXe siècles) sont protégés depuis 1939 et 1979. Aujourd’hui, le site allie patrimoine religieux, muséal et éducatif, tout en restant un symbole de l’histoire dijonnaise et bourguignonne.
Parmi les personnages marquants figurent Raoul Glaber, moine chroniqueur au XIe siècle, et dom Thomas Le Roy, auteur d’une Histoire du Monastère au XVIIe siècle. Les armoiries de l’abbaye (d’azur à deux lances d’or) et ses sceaux médiévales, comme celui de 1208 représentant saint Bénigne, reflètent son identité institutionnelle. Enfin, les archives, conservées aux Archives départementales de la Côte-d’Or, offrent un fonds exceptionnel sur la vie monastique et la gestion domaniale en Bourgogne.