Origine et histoire de l'Abbaye Saint-Clément
L’abbaye Saint-Clément de Metz trouve ses origines au XIe siècle, lorsque des moines bénédictins s’y installent sur le site d’un oratoire du VIIe siècle dédié à Félix de Nole. Reconstruite après sa destruction lors du siège de Metz en 1552, elle est transférée en 1565 dans une hôtellerie, où une première église est édifiée. Les reliques de saint Clément, translatées en 1090, donnent son nom définitif à l’abbaye, qui reçoit en 1194 la paroisse de Saint-Privat, incluant Peltre et Magny.
La reconstruction majeure de l’abbaye est lancée entre 1662 et 1668 sous l’impulsion de l’abbé François Reynel, nommé par Louis XIV. Les travaux, débutés en 1669 avec le cloître, voient l’intervention de l’architecte italien Jean Spinga à partir de 1683 pour l’église abbatiale, mélangeant gothique et baroque. Après des interruptions (1687-1704, conflit en 1715), l’édifice est achevé en 1737, avec une façade à décor corinthien, des voûtes ornées de clés pendantes et des vitraux historiés. La nef, haute de 17 mètres, est séparée des collatéraux par des colonnes aux chapiteaux composites.
À la Révolution, l’abbaye est confisquée et transformée en site industriel puis militaire (1785). En 1855, les Jésuites y fondent un collège, ajoutant une chapelle néo-baroque ornée de vitraux de Laurent-Charles Maréchal. Le collège, interrompu pendant les annexions allemandes (1870-1918, 1940-1945), ferme en 1970. L’abbatiale et les bâtiments du XVIIe siècle deviennent alors l’hôtel de région de Lorraine jusqu’en 2015. Classée monument historique en 1972, elle conserve un cloître classique aux allures baroques, un puits aux Quatre Vertus cardinales, et un escalier monumental.
L’église abbatiale, de type église-halle à trois vaisseaux, présente une façade à deux niveaux d’ordre corinthien, surmontée d’un fronton curviligne et d’un oculus ovale. Les voûtes quadripartites, les baies en arc brisé et les clés pendantes en forme de boutons floraux illustrent la synthèse des styles. Après des dégradations pendant la Seconde Guerre mondiale (obus endommageant les vitraux en 1940), l’édifice est restauré en 1975 (toiture) et 2001 (intérieur). Aujourd’hui, elle symbolise le patrimoine religieux et architectural messin, marqué par des réaffectations successives.
Les bâtiments conventuels, dont les façades et toitures sont protégées, abritent des éléments remarquables comme le cloître avec sa cour et son puits sculpté. L’escalier monumental du XVIIe siècle, situé dans l’aile nord-ouest, et la chapelle Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours (1855-1857) témoignent des ajouts jésuites. La fontaine de la place Hocquard, symbolisant les quatre départements lorrains, rappelle l’ancienne fonction régionale du site. L’abbaye, propriété de la commune, reste un exemple unique de patrimoine baroque et gothique en Lorraine.