Origine et histoire de l'Abbaye Saint-Corneille
L’abbaye Saint-Corneille de Compiègne, initialement nommée Notre-Dame ou Sainte-Marie, fut fondée en 876 par l’empereur Charles II le Chauve sur l’emplacement d’un ancien palais mérovingien. Inspirée de la chapelle palatine d’Aix-la-Chapelle, elle devint un symbole du pouvoir impérial carolingien, accueillant couronnements et sépultures de rois comme Louis II le Bègue (879) ou Louis V (987). Consacrée par le pape Jean VIII en 877, elle abritait des reliques prestigieuses, dont le Saint-Suaire et les dépouilles de saints Corneille et Cyprien, attirant pèlerins et conciles.
Au XIIe siècle, l’abbaye passa des chanoines aux moines bénédictins sous l’impulsion de Suger et du pape Adrien IV, malgré des tensions persistantes avec les évêques de Soissons et les bourgeois de Compiègne. Les abbés, souvent issus de familles nobles comme les Estrées ou les Châtillon, exercèrent une juridiction quasi épiscopale sur la ville, percevant droits seigneuriaux et tonlieux. L’abbaye, riche de fiefs s’étendant jusqu’en Bourgogne, fut aussi un foyer culturel, abritant une bibliothèque réputée et des érudits comme Dom Pierre Coustant.
Son déclin s’amorça avec le régime de la commende (XVIe siècle), où des abbés laïcs comme Louis de Bourbon-Vendôme ou Jacques Amyot dilapidèrent ses ressources. Malgré des restaurations (ex. : portail de 1516), les conflits avec la commune et les évêques affaiblirent son influence. La Révolution française scella son sort : pillée en 1793, ses vestiges furent partiellement détruits en 1822, puis bombardés en 1940. Aujourd’hui, son cloître du XIIIe siècle et des sous-sols classés abritent une bibliothèque municipale.
Architecturalement, l’abbaye mêlait styles carolingien (plan octogonal initial), gothique (reconstruction après l’incendie de 1300), et Renaissance (portail de 1516). Ses reliques, comme le couteau de la circoncision du Christ (confondu à tort avec le Saint Prépuce par Voltaire), et ses huit barons fieffés – seigneurs chargés de sa défense – témoignent de son prestige. Les fouilles et cartes anciennes révèlent aussi un ensemble monumental avec église, cloître, et bâtiments conventuels, entouré de murs et de fossés dès le Xe siècle.
Politiquement, Saint-Corneille joua un rôle clé dans les luttes de pouvoir entre Capétiens, évêques de Soissons, et bourgeois de Compiègne. Les rois y tinrent des conciles (ex. : 1199 sous Philippe Auguste) et y furent inhumés (ex. : Henri III en 1589). Son déclin s’accéléra avec la réunion de sa mense à l’abbaye du Val-de-Grâce en 1658, puis la suppression des ordres religieux en 1790. Les derniers moines se cachèrent lors de la Terreur, tandis que ses pierres servirent à construire un magasin militaire.
Aujourd’hui, les vestiges classés (cloître, restes du clocher) et les sous-sols de l’ancien réfectoire, inscrits aux Monuments Historiques, rappellent son passé glorieux. La bibliothèque municipale, installée dans les bâtiments restaurés en 2007, conserve des manuscrits médiévaux et des archives de l’abbaye, offrant un témoignage tangible de son héritage spirituel et intellectuel.