Origine et histoire de l'Abbaye Saint-Eptade
L'abbaye Saint-Eptade de Cervon fut fondée vers l’an 500 par saint Eptade d’Autun, ermite ayant choisi ce site isolé du Morvan pour échapper à l’épiscopat. Rapidement, sa réputation attira des disciples, nécessitant la construction d’un monastère bénédictin. Le lieu, initialement une forêt dense, devint un centre spirituel majeur, confirmé en 843 par Charles le Chauve sous le nom de Monasterium sancti Eptadii in Cerviduno.
Sécularisée au XIIe siècle, l’abbaye fut transformée en collégiale dirigée par un chapitre de dix chanoines, réduits plus tard à six. Les chanoines, seigneurs haut justiciers de Cervon, percevaient les dîmes locales et eurent des conflits récurrents avec les évêques d’Autun, notamment pour la nomination des abbés. Au XVe siècle, l’église, dédiée à saint Barthélémy, fut partiellement reconstruite, mêlant styles roman et gothique naissant.
Le portail ouest, classé Monument Historique en 1908, conserve un tympan du XIIe siècle représentant un Christ en Majesté entouré du Tétramorphe, inspiré de l’art byzantin. L’église, à trois nefs, abrite aussi une Vierge de Pitié du XVIIe siècle, classée en 1962. Ravagée par des incendies, elle fut restaurée en 1848 et reconsacrée avec des reliques de saints. Les vestiges des fortifications (tour ronde) et des bâtiments conventuels (caves) témoignent de son passé médiéval.
Les revenus de la collégiale provenaient des dîmes de Cervon, Magny-Lormes et Mouron, partagées en prébendes parmi les chanoines. Les abbés, souvent issus de familles nobles (comme les Montsaulnin ou les Bèze), eurent des rôles politiques, comme Pierre-Antoine de Mesgrigny, qui reçut en 1743 l’abjuration publique d’une calviniste. L’abbaye déclina après la Révolution, son dernier titulaire, Jean-Baptiste René de Percy, mourant en 1823.
L’architecture de l’église reflète sa double vocation : le chœur, réservé aux chanoines, contraste avec la nef rustique destinée aux paroissiens. Les chapelles latérales, dédiées à des saints ou à des seigneurs locaux, servaient de lieux de sépulture. Le clocher, surmonté d’une flèche, domine le bourg. Les conflits avec les habitants (comme le refus de financer les réparations en 1410) ou les paroisses voisines (desserte de Mouron) illustrent les tensions entre pouvoir religieux et laïc.
Aujourd’hui, l’ancienne collégiale, ouverte sur demande, conserve des éléments remarquables comme ses stalles, son christ en bois et son ossuaire découvert en 1854. Les domaines des chanoines, encore visibles, rappellent l’organisation économique du chapitre. Classée partiellement aux Monuments Historiques, elle reste un témoignage majeur du patrimoine religieux du Nivernais.