Origine et histoire de l'Abbaye Saint Georges de boscherville
L'ancienne abbaye Saint-Georges de Boscherville, située à Saint-Martin-de-Boscherville (Seine‑Maritime), occupe un site sacré occupé depuis l'époque gallo‑romaine, où se succédèrent un temple à galerie, puis un fanum et, dès le haut Moyen Âge, des édifices chrétiens qui préfigurèrent l'abbaye. Fondée en 1114 par Guillaume de Tancarville sur l'emplacement d'une collégiale de chanoines, elle vit les chanoines remplacés par des moines bénédictins venus de l'abbaye de Saint‑Évroult. L'église abbatiale, presque entièrement roman, conserve une grande unité de style malgré des aménagements ultérieurs : les voûtes gothiques ajoutées à la nef et aux transepts, la reprise de la couverture au XIIIe siècle et d'autres transformations aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. L'établissement connut une période de prospérité jusqu'au milieu du XIIIe siècle, puis des périodes de déclin liées aux guerres et aux difficultés internes, aggravées par les pillages protestants au XVIe siècle et la mise en commende qui suivit. À partir de 1659 la congrégation de Saint‑Maur entreprit d'importantes reconstructions ; les mauristes réunifièrent les fonctions monastiques dans un grand logis classique en pierre de Saint‑Leu, dont subsiste un corps de bâtiment du XVIIe siècle. La suppression des ordres en 1790 provoqua la vente et la démolition d'une grande partie des bâtiments ; l'église devint paroissiale et la salle capitulaire, après diverses vicissitudes, fut préservée et acquise par le département au début du XIXe siècle. L'ensemble bénéficie de multiples protections au titre des monuments historiques : classement de l'église en 1840, du cloître en 1862, de la salle capitulaire en 1875, inscription de parcelles en 1987 et classement de vestiges et de bâtiments en 1989 ; des bénévoles ont participé à des travaux de restauration en 1987‑1988. L'église, de plan en croix latine, mesure 70 m de longueur au total (nef 38 m, chœur 16 m), sa nef centrale fait 10 m de large et les bas‑côtés 4,60 m ; la hauteur sous voûte est d'environ 22 m, la tour‑lanterne atteint 57 m et les clochers 37 m. Les voûtes du chœur et des bas‑côtés sont des voûtes d'arêtes romanes, tandis que la nef était initialement couverte par une charpente remplacée par des voûtes gothiques ; la charpente du bras sud du transept, datée de la seconde moitié du XIIe siècle, est remarquablement conservée. Les sculptures romanes de l'édifice sont sobres, les chapiteaux et le triforium présentent un travail plus affirmé comprenant des modillons et quelques médaillons figurant guerriers et évêque. La salle capitulaire, édifiée sous l'abbé Victor (1157‑1211), est une salle gothique normande remarquable et atypique par son plan sans poteaux ni abside ; longue de 16,73 m, large de 7,60 m et haute de 12 m, elle jouxte le croisillon nord et était intégrée dans le bâti mauriste afin d'être préservée. Le cloître, dont il ne reste que des vestiges classés depuis 1862, a livré un chapiteau du XIIe siècle représentant onze musiciens et une acrobate, aujourd'hui conservé au musée des Antiquités de Rouen. La chapelle dite « des Chambellans », située au nord et datée du XIIIe siècle, est classée depuis 1989. Les jardins, de composition XVIIe siècle remis en forme à partir de plans anciens, associent potager, verger et parterres d'aromatiques et médicinales ; ils sont inscrits et labellisés « jardin remarquable ». Le grand orgue, daté de 1627 et 1733, comprend 16 jeux sur trois claviers et a fait l'objet d'une restauration en 1994 par le facteur Bernard Aubertin. L'abbaye a disposé d'un important temporel, recevant patronages, dîmes, prieurés, moulins et terres, et a bénéficié d'un flux de donations favorisé par ses fondateurs ; elle a connu une succession d'abbés réguliers puis d'abbés commendataires, parmi lesquels figurent des personnalités citées dans les sources. Propriété départementale pour certaines parties, l'ensemble conserve une valeur patrimoniale, architecturale et paysagère reconnue et protégée.