Origine et histoire de l'Abbaye Saint-Hilaire
L'ancienne abbaye Saint‑Hilaire se situe sur la commune de Ménerbes, dans le Vaucluse, sur le versant nord du Luberon. Elle représente le premier bâtiment conventuel carme du Comtat Venaissin, daté du XIIIe siècle, et fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis le 7 octobre 1975. Accessible depuis la route départementale 109 reliant Ménerbes à Lacoste, l'entrée du chemin qui descend à l'abbaye est signalée sur 400 mètres ; il est toutefois conseillé de l'emprunter à pied. Sur un versant abrupt face au Luberon, des ermites carmes venus du Mont Carmel s'installèrent après une étape aux Aygalades, occupant d'abord des grottes proches d'une source avant d'édifier chapelle, dortoir et salle capitulaire. Une date gravée dans le cloître porte le millésime 1254. Aux XVe siècle, le couvent accueillit plusieurs réunions provinciales et connut des conflits liés au refus du prieur de payer la dîme malgré son exemption. Le XVIe siècle fut marqué par des périodes d'insécurité, avec notamment l'installation vaudoise, la Réforme et l'occupation protestante de Ménerbes, qui perturbèrent la vie monastique. Au retour de la paix, la communauté carmélite entreprit la réforme dite « de Touraine », rebâtit partiellement le prieuré et réduisit la superficie du cloître pour édifier un vaste bâtiment orienté vers le Luberon. Au XVIIe siècle, l'évêque de Cavaillon obtint la suppression du couvent au profit de son petit séminaire, ce qui provoqua une longue dispute, l'expulsion des religieux puis le rétablissement du prieuré en 1660. La visite du père Michel du Saint‑Esprit conduisit ensuite à la fondation du sanctuaire de Notre‑Dame‑de‑Lumières à Goult. En 1778, faute de religieux, les biens furent réunis à ceux d'Avignon, puis le prieuré fut cédé à un particulier lors de la réunion des États pontificaux d'Avignon à la France. Au XIXe siècle, les Bernardins de Sénanque achetèrent Saint‑Hilaire pour en faire une exploitation agricole et réalisèrent quelques restaurations avant de vendre à des agriculteurs ; un tremblement de terre provoqua ultérieurement fissures et éboulements, et des partages successoraux divisèrent le bâtiment, transformant cloître, réfectoire et église. La famille Bride acquit le site en 1961 et engagea progressivement sa restauration. L'abbaye demeure une propriété privée appartenant aux Bride ; sous la direction des Monuments historiques, façades, toitures, cloître, salle capitulaire et réfectoire ont été restaurés, et le premier étage est habité. La source n'alimente plus le site depuis 2000, mais près de deux cents oliviers en restanques témoignent de l'ancienne activité agricole. Une aire de stationnement ombragée a été créée près de la D109 pour accueillir les visiteurs, et l'association Les amis de Saint‑Hilaire organise régulièrement des événements. La forte pente a imposé une partie troglodytique, des aménagements défensifs et des terrasses ; autour du cloître, selon un plan d'inspiration cistercienne, s'organisent l'église et ses deux chapelles, la salle capitulaire, le chauffoir‑scriptorium, l'hôtellerie, le réfectoire et la cuisine, tandis qu'une cour du chevet relie l'édifice aux grottes, aux appentis et au jardin des moines. L'église, édifiée au milieu du XIIIe siècle, présente une nef rectangulaire terminée par un chevet plat percé de trois fenêtres gothiques, une décoration sobre comprenant un arc ogival, un petit chapiteau sculpté de plantes, des traces de peinture géométrique, une corniche noircie et des portes romane et gothique ; une chapelle romane sert de sacristie et une chapelle du XIVe siècle offre une croisée d'ogives, tandis qu'une peinture murale du XVe siècle représentant trois croix, d'origine italienne, a souffert des usages. Après restauration, l'église peut accueillir une centaine de personnes et son acoustique favorise les représentations. Le cloître, initialement doté d'au moins trois galeries, n'en conserve que deux en raison de la pente et d'une construction postérieure ; la salle capitulaire, sobre et éclairée par de hautes fenêtres à meneaux, abrite une exposition de photographies, et le réfectoire voûté, qui ouvrait sur le Luberon, conserve des longues tables provenant d'un ancien couvent de Reims. Le premier dortoir, associé à la galerie est, remonte à une phase ancienne et communique par un escalier à vis avec l'église ; des chambres ultérieures présentent des dimensions variées et l'étage supérieur accueille des appartements privés accessibles par un bel escalier à vis de style Renaissance. L'abbaye a reçu plusieurs distinctions, est membre de La Demeure Historique et bénéficie du soutien de l'association Les amis de Saint‑Hilaire, créée en 2006 et reconnue d'intérêt général pour la sauvegarde et la promotion du site. Les terrasses, les murs, la colonnade du XVIIIe siècle et un parcours fléché relient le jardin, la treille, les vignes et les restanques d'oliviers qui composent le domaine et s'ouvrent sur le paysage du Luberon. L'abbaye se situe dans le triangle d'or du Luberon, où l'économie locale associe agriculture, tourisme et métiers du bâtiment ; à proximité immédiate se trouvent des oliviers en restanques, quelques cerisiers et des vignes, et la commune produit des vins AOC Côtes‑du‑Luberon, d'autres vins pouvant être commercialisés sous le label Vin de pays d'Aigues après agrément.