Origine et histoire de l'Abbaye Saint-Laumer
L’abbaye Saint-Laumer de Blois, fondée au IXe siècle par des moines bénédictins fuyant les raids normands, s’installe d’abord dans le château de Blois avant de s’établir dans le faubourg du Foix. En 924, le roi Raoul leur concède l’église Saint-Lubin et des droits féodaux, permettant la construction d’un premier monastère. L’incendie de 1114 détruit l’église, conduisant à l’édification de l’abbaye actuelle, dont les travaux débutent en 1138. Les reliques de Saint Laumer et Saint Lubin y sont transférées en 1186, marquant son apogée médiéval.
Exemptés d’impôts, les moines gèrent la fiscalité locale et financent un grand monastère au XIIe siècle. Fortifiée au XIVe siècle pour résister à la guerre de Cent Ans, l’abbaye absorbe la paroisse Saint-Pierre du Foix. Ravagée par les guerres de Religion en 1568, elle est restaurée par les Bénédictins réformés de Saint-Maur jusqu’au XVIIIe siècle. À la Révolution, l’abbaye est dissoute et transformée en hôtel-Dieu, préservant une partie des bâtiments. Des extensions sont ajoutées en 1845–1847 par les architectes Pinault et Jules de la Morandière.
L’abbaye abrite ensuite des services administratifs, comme la Direction départementale des Territoires. Classée monument historique en 1939, 1967 et 1992, elle comprend des façades, cloîtres, et une grille du XIXe siècle. Aujourd’hui inoccupée, elle attend un projet de reconversion. Son architecture mêle vestiges médiévaux, reconstructions classiques et ajouts du XIXe siècle, témoignant de son évolution à travers les siècles.
L’abbaye posséda un vaste réseau de dépendances, incluant 28 prieurés et 80 églises paroissiales réparties dans le Loir-et-Cher et au-delà. Parmi ses abbés notables, Jacques Hurault de Cheverny (1512–1546) et Charlotte de Beaune, qui nomma des abbés intermédiaires en tant que femme. Des moines érudits, comme Dom Noël Mars (1612–1702), historien, et Dom Georges Viole (1598–1669), écrivain, y vécurent.
Son histoire reflète les tensions entre abbayes blésoises (Bourg-Moyen, Pontlevoy) et son rôle central pour les comtes de Blois puis les rois de France. La chapelle Saint-Calais du château, conservée sous leur juridiction, souligne leur influence durable. Les vestiges actuels, bien que partiellement modifiés, rappellent son importance religieuse, économique et sociale du Moyen Âge à l’époque moderne.