Origine et histoire de l'Abbaye Saint-Léger
L’abbaye Saint-Léger d’Ébreuil, fondée au Xe siècle, fut d’abord une résidence royale carolingienne au VIIIe-IXe siècles, établie par Louis le Pieux. Les moines de Saint-Maixent, fuyant les raids normands, y translatèrent les reliques de saint Léger et saint Maixent vers 853-866, sous l’impulsion d’un souverain carolingien (Charles l’Enfant ou Charles le Simple). En 926, un monastère fut construit, doté par le roi Lothaire, et l’abbatiale fut agrandie au XIe siècle (nef et transept). Érigée en abbaye bénédictine par le pape Grégoire VII en 1080, elle devint un lieu de pèlerinage majeur grâce aux reliques de saint Léger, dont la châsse du XVIe siècle est toujours visible.
Au XVIIIe siècle, l’abbaye fut supprimée par Louis XV (lettres patentes de 1765), et ses bâtiments détruits en 1776 pour laisser place à un hôpital dirigé par les Charitains. Seul subsista l’église abbatiale, mélange unique des styles carolingien (nef), roman (clocher-porche, 1125) et gothique primitif (chœur, 1170). Ses peintures murales des XIe-XIIe siècles, ses bas-reliefs du XIIe siècle, et sa charpente en bois d’origine en font un joyau architectural. L’église devint paroissiale à la Révolution, remplaçant Notre-Dame d’Ébreuil.
Parmi les 50 abbés qui se succédèrent, certains marquèrent l’histoire : François de Tournon (1509-1526), cardinal et diplomate ; Jacques-François de Sade (1744-1778), oncle du marquis de Sade et érudit libertin ; et Philibert Nicolas Hemey d’Auberive (1780-Révolution), dernier abbé, qui fit construire le logis abbatial néoclassique en 1783. Ce palais, orné de stucs Louis XVI et d’une colonnade toscane en lave, est aujourd’hui protégé au titre des Monuments Historiques (inscription en 2010).
L’abbatiale Saint-Léger est la seule église carolingienne d’Auvergne et l’une des cinq de France à conserver sa charpente en bois. Ses particularités architecturales, comme l’usage du nombre d’or et des triangles égyptiens dans le clocher-porche, ont été étudiées par l’historien Georges Jousse. Les fouilles de 1767 révélèrent les tombes d’abbés, dont Gerbert et son neveu Guillaume (mort en 1090). Les reliques de saint Léger, toujours vénérées, attirent encore l’attention sur ce site emblématique du patrimoine religieux auvergnat.