Origine et histoire de l'Abbaye Saint-Léonard
L'abbaye Saint-Léonard de Corbigny trouve ses origines au IXe siècle, lorsque les reliques de saint Léonard, un moine vénéré pour ses miracles, y furent transférées en 882 depuis Tournus. Ce transfert marqua le début d’un pèlerinage majeur, souvent associé à celui de Vézelay, attirant des fidèles pour des guérisons et des libérations de prisonniers. L'abbaye, initialement un prieuré dépendant de Flavigny, devint indépendante après des conflits avec cette dernière, notamment sous l’impulsion de Robert-le-Diable, frère du comte de Nevers, qui dilapida ses biens au Xe siècle.
Au XIIe siècle, l'abbaye connut un essor grâce à l’afflux de pèlerins, malgré des troubles causés par des hérétiques comme les poplicains, brûlés en 1166. En 1173, l’abbé Seguin de La Tournelle fortifia le bourg et l’abbaye, mais un incendie détruisit l’ensemble en 1180. Reconstruite au XIIIe siècle, elle fut dotée de privilèges par le pape Innocent III en 1200. Les moines s’affranchirent en 1228 en rachetant leur servitude, et l’abbaye fut déplacée sur l’autre rive de l’Anguison, ne conservant que la chapelle de Sarre de l’ancienne structure.
La réforme de Saint-Maur au XVIIIe siècle entraina une reconstruction majeure à partir de 1754, dirigée par l’architecte Michel Caristie. Les bâtiments, organisés en U autour d’une cour centrale avec un puits circulaire, abritaient une église abbatiale et un cloître. La Révolution française chassa les huit derniers moines en 1789, et l’abbaye devint successivement un hôtel de district, un haras, un séminaire, puis une école normale. Classée Monument Historique en 2001, elle abrite aujourd’hui un office de tourisme et des espaces culturels.
Le trésor de l’abbaye, inventorié en 1537, comprenait des reliques prestigieuses comme le « lait de la Sainte-Vierge », des dents de saint Jean-Baptiste et saint Pierre, et les bras de saint Léonard. Ces objets, souvent enchâssés dans des châsses d’argent, furent en partie pillés par les huguenots en 1563. Les archives, bien que fragmentaires, révèlent des conflits juridiques et des donations de terres, comme celle du château de Monceaux en 1257 par Mahaut de Bourbon.
Parmi les abbés marquants, Robert de Monceaux (998-1034), surnommé Robert-le-Diable, ou Gauthier, qui affranchit les serfs en 1228, se distinguent. Les abbés commendataires, comme Armand de Bourbon au XVIIe siècle, introduisirent la réforme de Saint-Maur. Le dernier titulaire, Sixte Louis Ruffo de Bonneval, émigra lors de la Révolution. Aujourd’hui, l’abbaye accueille aussi les Fêtes musicales de Corbigny, perpétuant son rayonnement culturel.
Les bâtiments, propriété partagée entre la commune et des privés, conservent des éléments remarquables comme un escalier en fer forgé, des dallages d’origine, et des ferronneries. Le site, classé pour son ensemble architectural et ses sous-sols médiévaux, témoigne de près de douze siècles d’histoire religieuse, politique et sociale en Nivernais.