Origine et histoire de l'Abbaye Saint-Loup
L'abbaye Saint-Loup de Troyes fut fondée au IXe siècle pour abriter les reliques de saint Loup, évêque de Troyes et défenseur légendaire de la ville contre Attila au Ve siècle. Initialement construite hors des murs, elle fut détruite par les Vikings en 887, puis reconstruite à l’intérieur de la cité en 891 sous l’impulsion d’Adalelme de Troyes. Les reliques y furent transférées, et le site d’origine devint l’abbaye Saint-Martin-ès-Aires.
En 1135, Bernard de Clairvaux réforma la communauté, qui adopta la règle de saint Augustin. L’abbaye, désormais intra-muros, développa une bibliothèque renommée et un scriptorium, accueillant peut-être le poète Chrétien de Troyes. Au XVe siècle, une église gothique flamboyante y fut édifiée, inaugurée en 1425. Les seigneurs de Chappes, abbés laïcs jusqu’en 1118, cédèrent alors aux moines le droit d’élire leur abbé.
Les bâtiments, largement reconstruits au XVIIe siècle, furent détruits pendant la Révolution française, à l’exception d’un édifice conventuel. Ce dernier, situé rue Chrétien-de-Troyes, abritera plus tard la bibliothèque municipale et le musée Saint-Loup (depuis 1830), conservant des œuvres médiévales, le trésor de Pouan, et des manuscrits confisqués, dont ceux de Clairvaux. Classé monument historique en 1963, il témoigne encore de ce passé prestigieux.
L’abbaye était liée à des figures majeures : Charlemagne, qui la plaça sous la direction d’Alcuin, et Hugues Ier de Champagne, qui soutint la réforme des chanoines. Son portail, inscrit en 2015, et ses collections (sculptures de Girardon, antiquités romaines) en font un site clé du patrimoine troyen.
Son emplacement initial, près de la Via Agrippa (actuelle rue de la Cité), reflète son ancrage dans l’histoire gallo-romaine et médiévale de Troyes. La reconstruction intra-muros en 891 marqua son intégration dans la ville en expansion, tandis que sa destruction révolutionnaire effaça presque entièrement son héritage architectural, hormis le bâtiment actuel du musée.