Origine et histoire de l'Abbaye Saint-Michel de Frigolet
L'abbaye Saint-Michel de Frigolet est une abbaye de chanoines prémontrés située près de Tarascon, dans la Montagnette, dans les Bouches-du-Rhône. Elle tire son nom du mot provençal ferigoulo, le thym, et se trouve isolée dans un vallon planté de pins, d'oliviers et de cyprès. Des vestiges remontent au VIIe siècle, mais la première communauté religieuse s'installe au XIIe siècle : le prieuré est mentionné en 1133 et le pape Adrien IV confirme l'établissement en 1155. À cette époque sont édifiés le cloître, l'église romane et la chapelle Notre-Dame. Au début du XIVe siècle, le rattachement à la cathédrale de Notre-Dame-des-Doms entraîne le départ de la plupart des chanoines vers Avignon. Le prieuré est de nouveau occupé au XVIIe siècle par des augustins puis des hiéronymites, qui restaurent le site et enrichissent la décoration de la chapelle ; le lieu prend alors le nom de Notre-Dame-du-Bon-Remède. La bibliothèque est détruite par un incendie le 6 juillet 1788 et, en 1791, le couvent est saisi pendant la Révolution, dispersant les derniers chanoines. Au XIXe siècle le site devient un collège fréquenté par Frédéric Mistral entre 1839 et 1841. En 1858 le père Edmond Boulbon rachète les bâtiments, restaure la vie conventuelle et lance la construction de l'ensemble actuel, dont la grande abbatiale dédiée à l'Immaculée-Conception et à saint Joseph qui enveloppe la chapelle romane. Le prieuré est élevé au rang d'abbaye par le pape Pie IX le 6 juin 1869 ; à la même période sont couronnées les statues de Notre-Dame du Bon Remède et de saint Joseph. Edmond Boulbon devient premier abbé, mais en novembre 1880 les religieux sont l'objet d'une expulsion conduite après un blocus et un assaut menés par des troupes commandées par le général Guyon-Vernier : 68 religieux sont arrêtés et escortés à Tarascon, deux religieux malades étant autorisés à rester sur place. Au moment de son interpellation, le révérend père déclare : « Nous sommes dans le douloureux devoir de vous déclarer que, vous et vos commettants, vous tombez sous le poids de l'excommunication majeure réservée au pape ». Les chanoines sont ensuite contraints à l'exil au prieuré de Storrington en Angleterre ; de retour plus tard, ils sont expulsés de nouveau en 1903 et se réfugient à l'abbaye Notre-Dame de Leffe en Belgique, où ils participent à la reconstruction des bâtiments avant de retrouver Frigolet vingt ans plus tard. L'évêque Jean-Baptiste Penon s'y retire en 1926 et y meurt trois ans plus tard. En 1984 la grande abbatiale est élevée au rang de basilique par le pape Jean-Paul II en raison de l'afflux de pèlerins. D'importants travaux de restauration sont entrepris entre 2010 et 2014, suivis d'une étude, et depuis septembre 2016 l'abbaye abrite une école catholique et un collège hors contrat. En juillet 2022 un incendie dans la Montagnette provoqué par le passage d'un train entraîne l'évacuation de l'abbaye : les 80 personnes présentes quittent les lieux puis reviennent trois jours plus tard et l'édifice est préservé grâce à l'intervention des pompiers et aux largages de canadairs. Aujourd'hui l'abbaye accueille une communauté de prémontrés et dispose de deux hôtelleries monastiques, d'une librairie et d'un restaurant. Architectoniquement, l'église Saint-Michel, d'origine romane au XIIe siècle, a été largement restaurée au XIXe siècle et agrandie d'une travée à l'ouest ; le cloître, de pur style roman, date du XIIe siècle et a été remanié au XVIIe siècle. La basilique de l'Immaculée-Conception, de style néogothique et consacrée en 1866, présente une grande nef entièrement décorée de peintures à l'huile d'Antoine Sublet, inspirées de la Sainte-Chapelle, tandis que la chapelle Notre-Dame-du-Bon-Remède conserve sa structure romane masquée par une décoration baroque en boiseries et tableaux du XVIIe siècle. Le monument bénéficie de protections au titre des monuments historiques : cloître et chapelle classés en 1921, façades, toitures, murs, tourelles, citerne, chapelle Saint-Michel et salles autour du cloître inscrites en 1995, et l'ensemble de l'église abbatiale classé en 2015. Depuis la restauration de l'ordre, les abbés se sont succédé, parmi lesquels Edmond Boulbon (élu en 1869), Paulin Boniface, Denis-Hubert Bonnefoy, Godefroid Madelaine, Adrien-Auguste Borelly, Léon Perrier, Norbert Calmels, Gérard Joseph Raymond, Marc Vaillant, Thomas Gilbert Secuianu et Jean-Charles Leroy, prieur actuel depuis 2015 ; le père Alphonse Pugnière avait refusé une élection en 1898. Les collections et l'iconographie évoquent notamment la façade de la basilique et de l'église Saint-Michel, le détail des voûtes et des clochers, le chemin de croix extérieur, la salle capitulaire et le cloître.