Origine et histoire de l'Abbaye Saint-Michel
L'abbaye Saint‑Michel de Gaillac, ancienne abbaye bénédictine implantée sur les rives du Tarn dans le département du Tarn, abrite aujourd'hui le musée de l'abbaye et de la vigne et du vin, tandis que l'église Saint‑Michel conserve sa fonction cultuelle. L'église est classée monument historique depuis 1840, et les vestiges de l'abbaye ont été inscrits par arrêté le 3 février 1994. L'abbaye est fondée en 972 lorsque l'évêque d'Albi Frotaire consacre l'autel et donne au monastère des terres et des églises; son implantation reprend l'emplacement d'une villa gallo‑romaine. Rien ne semble subsister de l'église primitive ; un édifice plus vaste est entrepris au XIIe siècle et les travaux sont achevés à la fin du XIVe siècle. Le domaine monacal se développe rapidement grâce à la mise en valeur des terres, d'abord pour des cultures vivrières puis par l'essor de la vigne héritée des Romains, et un port sur le Tarn permet l'exportation du vin vers Bordeaux. L'abbaye dépend d'abord de Saint‑Pierre de Moissac et, par extension, de Cluny ; en 1079 elle est rattachée à la Chaise‑Dieu, rattachement dont témoigne l'arrivée du Graduale Albiense. Relativement épargnée lors de la croisade des Albigeois, l'abbaye reprend son activité commerciale et finance des travaux, dont une reconstruction partielle en 1273. Le déclin commence avec la guerre de Cent Ans et la peste noire qui frappent Gaillac, provoquant une forte baisse de la population et l'interruption du commerce du vin. Les guerres de Religion entraînent des destructions : l'abbaye est saccagée et ses archives brûlées, puis elle est reconstruite et redécorée entre 1570 et 1620. Au XVIe siècle, l'abbaye est sécularisée : un chapitre de chanoines remplace la communauté tout en conservant le titre abbatial. L'abbé Claude de Moulnoury fait relever le logement abbatial entre 1636 et 1668. Pendant la Révolution, les bâtiments sont vendus comme biens nationaux et réaffectés, notamment en magasin à fourrage, dortoir et garde‑meuble. Au XXe siècle la cave coopérative de Gaillac s'installe dans les bâtiments abbatiaux : elle loue d'abord les lieux en 1903, puis les achète en 1912 pour 30 000 francs et réalise pour 250 000 francs des travaux d'adaptation. Les locaux, vastes et partiellement voûtés, sont aménagés pour la vinification et la manutention avec un pavillon de réception, un pavillon d'expédition côté rue du Moulin, une voie Decauville et des monte‑charges. En 1921 est construit un chai contenant huit foudres. Lors des travaux du nouveau pont en 1940, la cave cède certains bâtiments en échange d'un terrain côté rue du Moulin et obtient l'autorisation d'aménager une terrasse pour un pavillon de dégustation. La même année, une salle de réunion du conseil est aménagée au premier étage d'une aile aujourd'hui disparue; elle reçoit un décor de Louis Cabanes réalisé par René Gaillard Lala, composé de panneaux autour d'un cep stylisé encadrant les blasons des communes fournissant la cave. Cabanes réalise également quatre grands tableaux aujourd'hui conservés dans le musée de l'abbaye. Les bâtiments restants ont été restaurés en 1997 et accueillent désormais le musée, consacré à l'archéologie, à la navigation sur le Tarn, au vignoble, au compagnonnage et aux traditions et arts populaires ; on y trouve aussi la Maison des Vins de Gaillac et un caveau de dégustation. Parmi les abbés attestés figurent Robert Ier, présent lors de la consécration de 972, Bernard Ier, Henri (qui assiste au concile de Lombers en 1165), Raymond d'Apremont de Roquecorne (ultérieurement nommé évêque de Sarlat) et Jean‑Bernard de Coriolis (1681‑1752).