Origine et histoire de l'Abbaye Saint-Pierre d'Étival
L’abbaye Saint-Pierre d’Étival, située dans la vallée de la Meurthe sous la côte de Repy, trouve ses origines au VIIe siècle comme monastère mixte sous la règle de saint Columban et bénédictine. Fondée par Richarde et placée sous la suzeraineté des chanoinesses d’Andlau, elle devint au XIIe siècle une abbaye prémontrée après l’arrivée de chanoines en 1145. L’abbé, vassal de l’abbesse d’Andlau, devait célébrer des messes à Andlau lors des fêtes de Saint Pierre et Saint Paul, tandis que l’abbaye revendiquait une autonomie vis-à-vis de l’évêque de Toul, refusant sa juridiction.
Au Moyen Âge, l’abbaye fut fortifiée et connut des tensions internes, comme en 1387, lorsque le cardinal Pierre Aycelin de Montaigut absout les moines excommuniés pour des manquements graves (violences, jeux interdits, vie déréglée). Les conflits avec l’évêché de Toul culminèrent au XVIIIe siècle sous l’abbé Charles Louis Hugo, soutenu par le duc Léopold et le pape Benoît XIII, opposant l’abbaye à l’évêque Scipion Jérôme Bégon. Cette rivalité aboutit à la promotion de Hugo comme évêque in partibus de Ptolémaïs en 1729, sans diocèse pour éviter un conflit avec la France.
L’architecture de l’abbaye évolua significativement au XVIIIe siècle : en 1726, Nicolas Pierson, frère convers prémontré, construisit le corps de logis nord et les bases des deux tours encadrant la façade classique de l’église. Un projet initial prévoyait les tours autour du chœur. L’abbaye, dissoute à la Révolution, fut en partie préservée : l’église collégiale et une partie du presbytère devinrent paroissiales, tandis que les autres bâtiments (logis abbatial, galerie du cloître) furent réaffectés en habitations, écoles ou lieux publics. Classée monument historique dès 1840, elle subit des destructions en 1944 (tour nord), reconstruit ensuite en respectant les proportions d’origine.
L’abbaye fut ravagée à plusieurs reprises, notamment par des incendies en 1569 et 1646. Malgré ces aléas, la vie religieuse y resta active, avec 29 chanoines en 1790. Après la Révolution, elle devint le cœur de la commune d’Étival-Clairefontaine, perdant son rôle religieux initial. Les archives mentionnent une communauté fluctuante : 11 chanoines en 1698, 29 en 1768, puis 10 résidents et 8 desservant les paroisses en 1790, aux côtés de cinq ecclésiastiques et dix moines. Aujourd’hui, seuls l’église et une partie du presbytère conservent leur vocation religieuse.
L’abbaye se distingua par son statut de « nul diocèse », partagé avec ses voisines (Moyenmoutier, Senones, Saint-Dié), refusant la soumission à l’évêque de Toul. Ce conflit institutionnel, exacerbé au XVIIIe siècle, reflétait les tensions entre le duché de Lorraine (soutenu par le pape) et la France. L’abbaye, initialement monastère mixte, devint un symbole de résistance ecclésiastique avant sa sécularisation. Ses bâtiments, partiellement préservés, témoignent de son passé prestigieux, entre pouvoir spirituel et architectural.