Frise chronologique
869
Première mention écrite
Première mention écrite
869 (≈ 869)
Baume citée comme *cella* de Château-Chalon.
890
Restauration par Bernon
Restauration par Bernon
890 (≈ 890)
L’abbé Bernon restaure Baume selon la règle bénédictine.
909-910
Fondation de Cluny
Fondation de Cluny
909-910 (≈ 910)
Bernon quitte Baume pour fonder Cluny.
1147
Soumission à Cluny
Soumission à Cluny
1147 (≈ 1147)
Baume réduite en prieuré par le pape Eugène III.
1336
Destruction partielle
Destruction partielle
1336 (≈ 1336)
Ruinée pendant la guerre des barons comtois.
1759
Sécularisation
Sécularisation
1759 (≈ 1759)
Les moines deviennent chanoines.
1793
Vente comme bien national
Vente comme bien national
1793 (≈ 1793)
Suppression du chapitre à la Révolution.
1862
Classement de l’église
Classement de l’église
1862 (≈ 1862)
Première protection au titre des monuments historiques.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Personnages clés
| Bernon - Abbé de Baume puis fondateur de Cluny |
Restaura Baume et quitta l’abbaye pour Cluny. |
| Amé de Chalon - Abbé (1389-1432) |
Reconstruit l’abbaye après 1336. |
| Henri de Salins - Abbé (1440-1450) |
Acheva la reconstruction et commanda des sculptures. |
| Claus de Werve - Sculpteur bourguignon |
Auteur présumé du *Saint Michel* de l’abbaye. |
| Eugène III - Pape (1145-1153) |
Soumit Baume à Cluny en 1147. |
| Frédéric Barberousse - Empereur germanique |
Rétablit Baume comme abbaye impériale (1157-1186). |
Origine et histoire
L'abbaye Saint-Pierre de Baume-les-Messieurs, située dans le département du Jura en Bourgogne-Franche-Comté, trouve ses origines au IXe siècle. Les premières mentions écrites datent de 869, lorsqu’elle est citée comme une cella (dépendance monastique) rattachée à l’abbaye féminine de Château-Chalon. En 890, le roi Louis III l’Aveugle la confie à cette même abbaye, avant que l’abbé Bernon, venu de Gigny, ne la restaure selon la règle bénédictine. Bernon quittera Baume en 909-910 pour fonder Cluny, faisant de cette abbaye jurassienne la « mère de Cluny », bien que des conflits ultérieurs la réduisent temporairement au rang de prieuré au XIIe siècle.
L’abbaye connaît un essor majeur aux XIe et XIIe siècles, sous la protection des comtes de Bourgogne. Elle contrôle alors huit prieurés et soixante-cinq églises, tirant sa richesse des vignes, des salines de Lons-le-Saunier et des moulins. Malgré des tensions avec Cluny et l’archevêché de Besançon, elle obtient le titre d’abbaye impériale entre 1157 et 1186. Ruinée en 1336 pendant la guerre des barons comtois, elle est reconstruite par les abbés Amé de Chalon (1389-1431) et Henri de Salins (1440-1450), qui y ajoutent des éléments gothiques et renforcent son prestige.
À partir du XVe siècle, l’abbaye tombe en commende, puis est sécularisée en 1759 : les moines bénédictins deviennent des chanoines vivant « dans le siècle ». Le village, autrefois nommé Baume-les-Moines, est rebaptisé Baume-les-Messieurs en 1763. La Révolution supprime le chapitre en 1793, et les bâtiments, vendus comme biens nationaux, sont partiellement démolis (cloître, escalier abbatial). L’église Saint-Pierre, classée dès 1862, abrite un mobilier exceptionnel, dont un retable flamand du XVIe siècle et des sculptures bourguignonnes attribuées à Claus de Werve.
Aujourd’hui, l’abbaye se compose de trois cours entourées de bâtiments des XVIe au XVIIIe siècles : l’église romane remaniée, le logis abbatial, la tour de justice, et des maisons canoniales. Le site, propriété partagée entre la commune et des particuliers, attire 17 000 visiteurs annuels (2015). Son architecture reflète les transformations successives, des origines mérovingiennes aux sécularisations, dans un cadre naturel spectaculaire de reculée jurassienne.
Les fouilles archéologiques ont révélé des vestiges mérovingiens dans le chœur de l’église, confirmant une occupation ancienne. L’abbaye, d’abord liée à Gigny, a joué un rôle clé dans la réforme monastique avant de devenir un symbole des luttes d’influence entre Cluny, l’Empire et le diocèse de Besançon. Son déclin s’amorce avec la commende, puis la sécularisation, avant sa disparition à la Révolution. Les protections au titre des monuments historiques (1862 à 2023) ont permis de préserver ce patrimoine, aujourd’hui valorisé pour son histoire et son cadre paysager.