Frise chronologique
630
Fondation de l’abbaye
Fondation de l’abbaye
630 (≈ 630)
Don du duc Amalgaire pour expier un crime.
731
Destruction par les Sarrasins
Destruction par les Sarrasins
731 (≈ 731)
Première ruine majeure de l’abbaye.
826
Adoption de la règle bénédictine
Adoption de la règle bénédictine
826 (≈ 826)
Réforme sous l’évêque Albéric de Langres.
990
Refondation par Guillaume de Volpiano
Refondation par Guillaume de Volpiano
990 (≈ 990)
Âge d’or avec 50 moines.
1107
Visite du pape Pascal II
Visite du pape Pascal II
1107 (≈ 1107)
Consécration du grand-autel.
1425
Installation des forges
Installation des forges
1425 (≈ 1425)
Par l’abbé Simon de Torcenay.
1662
Arrivée des Mauristes
Arrivée des Mauristes
1662 (≈ 1662)
Reconstruction partielle des bâtiments.
1791
Vente comme bien national
Vente comme bien national
1791 (≈ 1791)
Fin de la vie monastique.
2010
Classement monument historique
Classement monument historique
2010 (≈ 2010)
Protection des vestiges restants.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Les ailes est et ouest de l'ancien bâtiment conventuel du XVIIIe siècle ; les tours de Chaux et d'Oysel, y compris le lavoir ; le sol de l'ancienne église et de la chapelle axiale ; les façades, toitures et structure du cellier (cad. BL 92 à 94, 432) : inscription par arrêté du 15 septembre 2010
Personnages clés
| Amalgaire - Duc fondateur |
Dona les terres pour expier un crime. |
| Guillaume de Volpiano - Abbé reconstructeur (990) |
Relança l’abbaye après les invasions. |
| Raoul Glaber - Moine historien |
Présent à Bèze en 1025. |
| Pascal II - Pape (1099–1118) |
Séjourna en 1107. |
| Simon de Torcenay - Abbé (début XVᵉ) |
Fortifia l’abbaye et installa des forges. |
| Jean (moine) - Chroniqueur (XIIᵉ) |
Auteur de la *Chronique de Bèze*. |
Origine et histoire
L’abbaye Saint-Pierre de Bèze, située à 30 km au nord-est de Dijon en Côte-d’Or, fut fondée en 630 par le duc Amalgaire pour expier un crime, sur un site alors inhabité mais riche en ressources naturelles (source de la Bèze, forêts, terres fertiles). Confiée initialement à des moines de Luxeuil, elle adopta d’abord la règle de saint Colomban avant de passer à celle de saint Benoît en 826 sous l’impulsion de l’évêque Albéric de Langres. Son histoire fut marquée par des destructions répétées (Sarrasins en 731, Normands en 888, Hongrois en 936) et des refondations, notamment par Guillaume de Volpiano en 990, qui en fit un centre intellectuel et spirituel prospère avec jusqu’à 50 moines au XIe siècle.
Au Moyen Âge, l’abbaye accueillit des figures majeures comme le pape Pascal II (1107) et devint un lieu de pouvoir, son abbé prenant le titre de baron de Bèze en 1253. La Chronique de Bèze, rédigée vers 1120 par le moine Jean, conserve des documents uniques sur ses sept premiers siècles, incluant des chartes et des récits de miracles. Les conflits avec les habitants et seigneurs locaux (notamment sur les fortifications au XIIIe siècle) et les crises (Peste noire en 1350, guerre de Cent Ans) réduisirent son influence : il ne restait que 12 moines en 1379. Simon de Torcenay, abbé au XVe siècle, y installa des forges (1425) et renforça ses défenses avec des tours (d’Oysel et de Chaux) encore visibles aujourd’hui.
La commende et les guerres de Religion ruinèrent l’abbaye au XVIe siècle. Les Mauristes, arrivés en 1662, reconstruisirent partiellement les bâtiments (église surélevée en 1675, bibliothèque de 23 000 livres) avant sa suppression à la Révolution. Vendue comme bien national en 1791, elle fut en partie démolie (église, cloître inachevé). Les vestiges classés en 2010 incluent la chapelle axiale du XIIe siècle, deux tours du XVe, et des ailes conventuelles du XVIIIe. Aujourd’hui propriété privée, elle s’ouvre aux Journées du Patrimoine, témoignant de son rôle central dans l’histoire religieuse et économique bourguignonne.
L’architecture de l’abbaye mêle des éléments romans (chevet du XIIe siècle), gothiques (école monastique de 1280) et classiques (bâtiments Mauristes). Son église, plusieurs fois remaniée, présentait un chœur à la romaine et un déambulatoire avec trois chapelles, dont subsiste celle de la Vierge. Les jardins, rehaussés de 4 000 chars de pierre en 1675, abritent un séquoia. Les forges, actives jusqu’au XIXe siècle, modifièrent le cours de la Bèze, provoquant des inondations récurrentes. L’école monastique, fondée dès 655, forma des élites locales avant de devenir un hôtel au XIXe siècle.
Les possessions de l’abbaye s’étendaient sur des terres (Heuilley-sur-Saône), des vignes (Clos de Bèze à Gevrey-Chambertin, cédé en 1219), et des prieurés (Saint-Sépulcre de Fouvent). Ses revenus provenaient aussi de redevances et de rentes. Parmi ses abbés marquants, Raoul le Blanc (reconstructeur au Xe siècle), Étienne de Joinville (agrandissement au XIIe), et les Mauristes (restauration au XVIIe) se distinguent. Des personnalités comme Raoul Glaber (moine historien) ou le pape Pascal II y séjournèrent. Les armes de l’abbaye, « semé de fleurs de lys, clef de saint Pierre et glaive de saint Paul en sautoir », symbolisent son double patronage.
La fin de l’abbaye fut marquée par son déclin démographique (8 moines en 1768) et sa vente en 1791 à un papetier de Langres, qui démantela une partie des pierres. Sauvée de la démolition totale en 1914, son école monastique (classée) et ses tours fortifiées (XVe siècle) rappellent son passé défensif. Les fouilles de 1970 révélèrent un pilier cruciforme près de la chapelle. Aujourd’hui, le site, propriété des descendants de Philippe Breuil (acquéreur en 1872), allie vestiges médiévaux et aménagements paysagers, avec une orangerie de 1910 et un parc agencé au XIXe siècle.