Origine et histoire de l'Abbaye Saint-Pierre
L'abbaye Saint-Pierre de la Couture, fondée au VIe siècle par saint Bertrand, évêque du Mans, fut l’une des plus puissantes abbayes de l’Ouest de la France. Son nom, Couture, vient du latin cultura (culture), évoquant les champs environnants. Détruite par les Vikings en 865, elle fut reconstruite en 990 par Gauzbert, avec le soutien du comte du Maine. Au XIe siècle, elle devint un centre religieux et économique majeur, possédant 30 000 hectares de terres et 50 prieurés, dont celui de Solesmes.
Les IXe et Xe siècles marquèrent une période de déclin due aux attaques normandes et aux conflits avec les seigneurs laïcs. Malgré cela, l’abbaye retrouva son influence aux XIe et XIIe siècles, rivalisant avec l’évêché du Mans. La guerre de Cent Ans causa d’importantes destructions, mais renforça son autonomie. Au XVIe siècle, le concordat de Bologne (1516) mit fin à son indépendance en soumettant la nomination des abbés à l’autorité royale.
Au XVIIIe siècle, une reconstruction ambitieuse fut entreprise entre 1760 et 1775, sous la direction de l’architecte Jean-François Pradel. Les bâtiments actuels, de style classique, abritent aujourd’hui la préfecture de la Sarthe. L’église abbatiale Notre-Dame, classée monument historique dès 1840, et le cloître, avec son escalier remarquable, témoignent de ce passé prestigieux. La Révolution française entraîna la vente des biens de l’abbaye, sauf l’église, devenue paroissiale.
L’abbaye joua aussi un rôle administratif après 1791, abritant archives, bibliothèque et musée avant leur transfert au XXe siècle. Classée partiellement en 1959 et 1975, elle n’est ouverte au public que lors d’événements exceptionnels. Son architecture intérieure, comme la salle du chapitre ou le grand escalier à 120 marches, reflète son importance historique.
Parmi ses dépendances, on comptait des prieurés comme ceux de Brûlon, Saulges ou Solesmes, ainsi que des terres en Angleterre, symbolisées par les armes de l’abbaye mêlant fleur de lys française et lions anglais. Les manuscrits enluminés du XIe siècle, aujourd’hui conservés à la médiathèque Louis-Aragon, attestent de son rayonnement culturel.
Les fouilles et dessins du XVIIe siècle, comme ceux de François Roger de Gaignières, ont permis de documenter son évolution architecturale. Malgré les destructions et transformations, l’abbaye reste un symbole du patrimoine religieux et politique du Mans, de sa fondation médiévale à son rôle moderne dans l’administration départementale.