Origine et histoire de l'Abbaye Saint-Pierre
L'abbaye Saint-Pierre de Moissac, fondée au VIIe siècle, est un monument emblématique du patrimoine religieux français. Selon la tradition locale, elle aurait été établie par Clovis après une victoire sur les Wisigoths en 506, bien que des traces d’occupation romaine et une fondation plus probable sous l’évêque Didier de Cahors (630–655) soient attestées. L’abbaye, rattachée à Cluny en 1047, connaît un âge d’or aux XIe et XIIe siècles, devenant un centre monastique majeur du Sud-Ouest.
Le cloître, achevé en 1100 sous l’abbé Ansquitil, et le tympan du portail sud (1115–1130) illustrant l’Apocalypse, sont des chefs-d’œuvre de l’art roman. L’abbaye subit des pillages par les Omeyyades (719–721), les Vikings (IXe siècle), et les Hongrois (Xe siècle), avant d’être reconstruite et fortifiée. Au XIIIe siècle, Bertrand de Montaigu restaure les bâtiments après les ravages de la guerre de Cent Ans. Sécularisée en 1626, elle est vendue comme bien national pendant la Révolution, puis partiellement sauvée par des restaurations au XIXe siècle, notamment grâce à Viollet-le-Duc.
Classée Monument Historique dès 1840 et inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1998 pour son rôle sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, l’abbaye conserve 76 chapiteaux historiés, un cloître de 31 m sur 27 m, et un tympan de 6,5 m sur 4,5 m. Son scriptorium, renommé aux XIe–XIIe siècles, a produit 160 manuscrits, dont 125 sont aujourd’hui conservés à la Bibliothèque nationale de France. Les fouilles ont aussi révélé une chapelle du XIIe siècle dédiée à Notre-Dame de Lemboulari, confirmant son ancrage clunisien.
L’architecture mêle styles roman (nef basse, clocher-porche) et gothique méridional (nef haute en brique, voûtes du XVe siècle). Le narthex, orné de chapiteaux animaliers, et la salle haute évoquant la Jérusalem céleste, témoignent de la richesse symbolique du site. La tour-porche, fortifiée au XIIe siècle, abrite un portail aux voussures végétales et un trumeau sculpté de lions entrelacés. Les restaurations du XIXe siècle, menées par Viollet-le-Duc, ont permis de sauver le cloître menacé par la construction de la voie ferrée.
L’abbaye, aujourd’hui propriété de l’État et de la commune, abrite aussi un orgue d’Aristide Cavaillé-Coll (1863) et des peintures murales médiévales dans la salle des Morts. Son histoire reflète les bouleversements politiques et religieux de la France, des mérovingiens à la Révolution, en passant par les croisades et les guerres de Religion. Le site reste un lieu de pèlerinage et un témoignage exceptionnel de l’art et de la spiritualité médiévales.