Origine et histoire de l'Abbaye Saint-Pierre
L'abbaye Saint-Pierre de Montiéramey est fondée en 837 par le religieux troyen Arrémar, sur des terres données par Aleran, 1er comte de Troyes, près de la rivière Barse. Dès sa création, elle accueille les reliques de saint Victor de Plancy, attirant pèlerins et donations. Sous l’impulsion de Charles le Chauve, elle reçoit en 854, 864 et 871 des domaines et privilèges, devenant l’un des établissements religieux les plus influents du diocèse de Troyes. Neuf prieurés sont fondés à cette époque, et des villages voisins (Le Mesnilot, Montreuil) émergent sous sa protection.
Aux XIe–XIIe siècles, l’abbaye atteint son apogée grâce au soutien des comtes de Champagne et à la réforme grégorienne. Gui III (abbé de 1137 à 1163), proche de saint Bernard, en fait un centre spirituel majeur. L’église abbatiale est consacrée en 1240, et une muraille est érigée avant la fin du XIIIe siècle. Les donations se multiplient, notamment de Thibaud V, comte de Champagne et roi de Navarre, sous l’abbatiat de Robert (1251–1287).
Le déclin s’amorce au XIVe siècle avec la guerre de Cent Ans, la peste noire (1348–1352), et les conflits religieux. L’abbaye, transformée en place forte, subit des destructions et des ventes de biens. En 1501, elle passe en commende sous Jacques Raguier, évêque de Troyes, marquant le début d’une période de déclin institutionnel. Malgré les efforts de Pierre de Raynel (abbé de 1334 à 1369), qui renforce les fortifications et crée une foire annuelle, les guerres de Religion et les inondations (1437–1438) aggravent sa situation.
Aux XVIIe–XVIIIe siècles, l’abbaye rejoint la congrégation de Saint-Vanne (1655) et connaît une phase de reconstruction. L’aile sud du cloître est rebâtie en 1669, suivie du logis abbatial (1715–1717), accompagné d’une grange et d’un colombier. Ces bâtiments, typiques de l’architecture classique champenoise, sont les seuls épargnés lors de la Révolution française (1790), où le reste de l’abbaye est détruit. Le logis, de plan rectangulaire avec fronton orné, conserve aujourd’hui ses éléments d’origine (cheminées, escaliers).
L’abbaye possède un riche patrimoine documentaire, incluant des manuscrits enluminés (comme les Sententiae de Pierre Lombard, XIIe siècle) et des chartes médiévales conservées à la BnF et aux Archives de l’Aube. Ses armoiries (d’azur à une clef et une épée d’argent, surmontées d’une fleur de lys d’or) symbolisent son double rôle spirituel et défensif. Après sa fermeture, les terres et droits de justice (comme à Mesnil-Saint-Père ou Chaource) sont dispersés, mais son empreinte persiste dans le paysage local, près du lac d’Orient (créé en 1966), qui a partiellement englouti l’ancienne forêt d’Orient, autrefois propriété abbatiale.