Origine et histoire de l'Abbaye Saint-Ruf
L'abbaye Saint-Ruf de Valence trouve ses origines dans la congrégation des chanoines réguliers de Saint-Ruf, fondée à Avignon au XIe siècle. En 1039, une communauté de clercs s’installe dans un lieu de culte ruiné en périphérie d’Avignon, sous l’impulsion de l’évêque Benoît Ier. Ce mouvement réformateur influence de nombreuses communautés religieuses en Europe, notamment dans le sillon rhodanien. Les tensions avec le chapitre cathédral d’Avignon conduisent au transfert du chef d’ordre à Valence, dans la Drôme, au XIIe siècle.
En 1158, les chanoines acquièrent l’île de l’Épervière à Valence, un site insulaire délimité par le Rhône et des canaux locaux, où ils fondent une nouvelle abbaye. Ce lieu, bien que sujet aux inondations et à l’insécurité, reste le siège de l’ordre jusqu’aux guerres de Religion. Au XIIe siècle, une chapelle dédiée à la Madeleine y est attestée. L’abbaye joue un rôle clé comme étape sur la via Podiensis, route vers Saint-Jacques-de-Compostelle, grâce à son église dédiée à saint Jacques (saint Jacme).
La destruction de l’abbaye de l’Épervière en 1567 par le baron des Adrets marque un tournant. Les chanoines choisissent de reconstruire leur établissement autour du prieuré Saint-James, dans la ville haute de Valence. Au début du XVIIe siècle, l’église romane est profondément remaniée, avec une nouvelle façade orientée à l’est. Au XVIIIe siècle, l’abbé Jacques de Tardivon érige un palais abbatial au nord de l’ensemble, peu avant la sécularisation de l’ordre.
Après la Révolution, l’église Saint-James devient le temple de l’Être Suprême, puis un temple protestant en 1806 par décret impérial. Le cœur du général Championnet y est conservé dans l’abside. L’ancien hôtel abbatial, transformé en préfecture en 1808, est partiellement détruit en 1944. Aujourd’hui, subsistent le temple protestant (classé en 1921), le portail de l’hôtel abbatial, et un escalier monumental du XVIIIe siècle, témoins de ce patrimoine religieux et historique.
Les éléments protégés incluent le temple protestant (ancienne église abbatiale), classé en 1921, ainsi que le portail de la cour d’honneur et la façade sur la rue Sabaterie, inscrits en 1999. Ces vestiges illustrent l’évolution architecturale et fonctionnelle du site, de l’abbaye médiévale au temple protestant actuel. Les sources historiques, comme les travaux de Justin Brun-Durand ou Ulysse Chevalier, documentent son importance dans l’histoire ecclésiastique du Dauphiné.