Origine et histoire de l'Abbaye Saint-Vaast
L’abbaye Saint-Vaast d’Arras trouve ses racines au VIIe siècle, fondée en 667 sur la colline de La Madeleine, où saint Vaast, évangélisateur de Clovis Ier, se retirait. Autour de sa chapelle funéraire, une communauté bénédictine se structure, bénéficiant de la protection des rois francs comme Thierry III, inhumé sur place avec son épouse Crotilde. Le monastère, détruit par un incendie en 793, est reconstruit sous Charlemagne avec trois églises, dont une dédiée à saint Vaast.
Au Moyen Âge, l’abbaye subit les invasions normandes (IXe siècle) et les conflits entre France et Bourgogne (XVe-XVIe siècles). Les moines, liés à l’université de Douai dès 1619, jouent un rôle culturel et économique majeur. Au XVIIIe siècle, l’abbé commendataire Armand-Gaston de Rohan et Vigor de Briois lancent une reconstruction ambitieuse après l’incendie de 1661. L’architecte Jean-François Labbé conçoit un ensemble classique symétrique (cour d’honneur, cloître), achevé vers 1770.
La Révolution transforme radicalement le site : l’abbatiale devient cathédrale en 1804, remplaçant Notre-Dame-en-Cité détruite. Les bâtiments conventuels abritent le musée des Beaux-Arts depuis 1825. Classée monument historique en 1907, l’abbaye, bombardée en 1915, est reconstruite à l’identique par Pierre Paquet. Aujourd’hui, elle allie patrimoine religieux, culturel (musée, médiathèque) et débats contemporains, comme le projet controversé d’hôtel de luxe en 2024.
L’abbaye est aussi liée à des figures historiques : Maximilien de Robespierre y obtint une bourse en 1769, et la Légende dorée y associe saint Vaast, dompteur miraculeux d’un ours terrorisant Arras. Les sculptures du portail (1863-1865), œuvres des frères Duthoit, symbolisent les Arts, les Sciences et la Religion, reflétant son héritage multiséculaire.
Son architecture impressionne par ses dimensions (220 m de long, 570 menuiseries) et son style classique, unique en France pour un ensemble bénédictin du XVIIIe siècle. Le cloître, la cour du puits et l’église-cathédrale en font un témoignage majeur de l’art religieux pré-révolutionnaire, malgré les destructions et reconstructions successives.