Frise chronologique
vers 615
Fondation par Walric (Valery de Leuconay)
Fondation par Walric (Valery de Leuconay)
vers 615 (≈ 615)
Création du monastère bénédictin par un disciple de saint Colomban.
981
Restitution des reliques par Hugues Capet
Restitution des reliques par Hugues Capet
981 (≈ 981)
Légende de la traversée de la baie à pied.
1066
Départ de Guillaume le Conquérant
Départ de Guillaume le Conquérant
1066 (≈ 1066)
Procession des reliques avant la conquête de l’Angleterre.
XIIIe siècle
Assèchement des marais
Assèchement des marais
XIIIe siècle (≈ 1350)
Gains de terres par les moines sur la mer.
1475
Destruction ordonnée par Louis XI
Destruction ordonnée par Louis XI
1475 (≈ 1475)
Fin temporaire de l’abbaye après dispersion des moines.
1791
Vente comme bien national
Vente comme bien national
1791 (≈ 1791)
Acquisition par des particuliers après la Révolution.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Façades et toitures de l'hôtel abbatial du XVIIIe siècle ; vestiges de l'église abbatiale ; mur d'enceinte ; portail de la ferme, à l'appareil en damier de silex ; piliers XVIIIe siècle environnant l'ancien préau du cloître ; façades et toitures de l'ancien logis abbatial du XVIIe siècle ; ensemble des sols archéologiques de l'église abbatiale et des lieux réguliers (cad. AC 35 à 37, 39 à 42, 44 à 47, 50, 51, 186, 187) : inscription par arrêté du 2 janvier 1989
Personnages clés
| Walric (Valery de Leuconay) - Fondateur de l’abbaye |
Disciple de saint Colomban, donataire de Clotaire II. |
| Hugues Capet - Roi de France (987–996) |
Rapatria les reliques selon la légende. |
| Guillaume le Conquérant - Duc de Normandie, roi d’Angleterre |
Bienfaiteur après sa prière en 1066. |
| Fénelon - Abbé commendataire (XVIIe siècle) |
Futur archevêque de Cambrai, figure intellectuelle. |
| Louis XI - Roi de France (1461–1483) |
Ordonna la destruction partielle en 1475. |
| Jean Ricot - Négociant armateur |
Acquéreur de l’abbaye en 1791. |
Origine et histoire
L’abbaye Saint-Valery de Saint-Valery-sur-Somme, fondée vers 615 par Walric (Valery de Leuconay), disciple de saint Colomban, fut l’un des plus anciens monastères bénédictins du diocèse d’Amiens. Installée à l’embouchure de la Somme grâce à un don du roi Clotaire II, elle joua un rôle spirituel et politique majeur dès le haut Moyen Âge. Son histoire fut marquée par des destructions vikings, une restauration légendaire par Hugues Capet en 981, et des liens étroits avec Guillaume le Conquérant, qui y pria avant de partir conquérir l’Angleterre en 1066.
Au XIIIe siècle, les moines asséchèrent les marais environnants, gagnant des terres sur la mer. Pendant la guerre de Cent Ans, l’abbaye fut partiellement détruite par les Anglais, puis reconstruite avant de subir de nouveaux dommages : dispersion des moines en 1451, destruction ordonnée par Louis XI en 1475, et incendie par les huguenots en 1568. Malgré ces aléas, elle devint au XVIIe siècle un foyer intellectuel sous l’impulsion de la congrégation de Saint-Maur, accueillant des érudits comme Fénelon, abbé commendataire, ou les prêtres-poètes Jacques Leclercq et Charles Prévost.
À la Révolution, l’abbaye, déclarée bien national, fut vendue à des particuliers comme Jean Ricot ou Antoine-Augustin Renouard. Aujourd’hui, il en subsiste des ruines du bas-côté sud et de la chapelle absidiale (XIIIe siècle), des vestiges du cloître (XVIIe siècle), ainsi que le palais abbatial de 1752 et son mur d’enceinte en damier de silex, classés monuments historiques. Ces éléments rappellent son passé glorieux, entre spiritualité, pouvoir royal et rayonnement culturel, avant sa disparition définitive à la fin du XVIIIe siècle.
La légende raconte qu’Hugues Capet, avant de devenir roi, aurait traversé la baie de Somme à pied pour rapatrier les reliques de saint Valery et saint Riquier, volées par le comte de Flandre. Ce récit, popularisé par les moines de Saint-Riquier, illustre le lien symbolique entre l’abbaye et la monarchie française. De même, la halte de Guillaume le Conquérant en 1066, où une procession des reliques aurait changé les vents en sa faveur, scella sa reconnaissance : il offrit à l’abbaye le domaine anglais de Takeley, confirmé plus tard par Henri II.
L’architecture de l’abbaye reflète ses reconstructions successives. L’église abbatiale du XIIIe siècle, dont subsistent des ruines, côtoyait un cloître du XVIIe siècle intégré à l’hôtel abbatial de 1752, mélange harmonieux de brique et pierre. Le mur d’enceinte, caractéristique avec son appareil en damier de silex et craie (XVIIe–XVIIIe siècles), délimite encore l’ancienne emprise monastique. Ces vestiges, bien que fragmentaires, témoignent de l’importance de Saint-Valery comme haut lieu du monachisme picard, depuis sa fondation mérovingienne jusqu’à sa suppression révolutionnaire.