Origine et histoire de l'Abbaye Sainte-Marie de Gourdon
L'abbaye Sainte-Marie de Gourdon, appelée aussi abbaye de Léobard ou plus couramment Abbaye Nouvelle, est une ancienne abbaye cistercienne fondée par des moines d'Aubazine sur le territoire de la commune de Léobard, dans le Lot. Implantée sur le Pech-Gisbert, un piton calcaire trapézoïdal artificiellement agrandi, son installation est inhabituelle pour l'ordre cistercien qui privilégiait habituellement les vallées. Une première tentative de fondation dans la région avait eu lieu vers 1150 mais avait été déplacée; la mise en place définitive résulte d'une donation de Guillaume de Gourdon le 7 mars 1242. L'abbaye relève d'Aubazine et se développe surtout dans la seconde moitié du XIIIe siècle, les autorités royales et pontificales confirmant ses privilèges et acquisitions entre 1267 et 1287. Malgré une taille modeste, elle s'affermit au tournant des XIIIe et XIVe siècles, mais connaît de graves difficultés financières et des saisies au moment des premières donations royales. La guerre de Cent Ans et les compagnies armées portent des coups successifs à l'établissement : pillages répétés, prises par les Anglais — notamment en 1377 — et ruines observées dès la fin du XIVe siècle entraînent un déclin marqué. Des tentatives de réoccupation et de restauration interviennent à la fin du XIVe et au XVe siècle ; l'abbé Bernard de Maranzac mène au XVe siècle des actions de consolidation et des renouvellements de baux, et la bulle d'Alexandre VI de 1502 prescrit des réparations et l'augmentation du nombre de religieux. L'abbaye subit de nouveaux dommages au XVIe siècle lors des guerres de Religion et du pillage de 1552 par les protestants. Au milieu du XVIIe siècle les derniers religieux quittent les lieux et l'abbatiale devient église paroissiale ; des aménagements sont réalisés entre 1658 et 1669, notamment une rampe d'accès et une nouvelle porte occidentale de style classique. À la veille de la Révolution, l'essentiel des bâtiments conventuels est en ruine et, en 1790, l'ensemble est vendu comme bien national à la commune. Au XIXe siècle des restaurations partielles sont menées, avec notamment la reconstruction du portail de la cour du monastère en 1811 et d'autres travaux en 1835. La seizième à la seconde moitié du XXe siècle voient de nouvelles destructions : achat privé en 1908, relevés d'architectes en 1915, construction d'une porcherie en 1938 entraînant l'abattage du logis des moines et de l'extrémité orientale de l'église, puis la dynamitation en 1954 de la façade occidentale du bâtiment des convers. L'abbaye a été exploitée comme carrière de pierres par des habitants entre 1954 et 1986, entraînant la disparition d'éléments de l'enceinte et du chauffoir. Elle servit également de cache durant la Seconde Guerre mondiale. Une campagne de fouilles archéologiques, conduite en août 1989 sous la responsabilité de la DRAC Midi-Pyrénées, a permis d'établir un plan d'ensemble et de réaliser des sondages, et le site a été classé en 1995. Sur le plan architectural, pour mettre l'église au même niveau que les bâtiments claustraux, la construction repose sur des salles basses ; la nef unique, longue de 35,44 m, est divisée en quatre travées voûtées en arête sans doubleaux, avec des largeurs proches de 7,30 m pour les deuxième à quatrième travées et 7,26 m pour la première. L'orientation de la nef, décalée de 30° vers le sud, donne à l'édifice un axe ouest-nord-ouest / est-sud-est. Les hauteurs des voûtes varient : environ 5,46 m pour la première travée, 4,26 m pour la seconde, 5 m pour la troisième et 4,20 m pour la quatrième. La partie principale de la nef, sur 25 m, est éclairée sur deux côtés ; les ouvertures sont hautes et étroites — placées à 4,40 m et d'environ 40 cm de large — la première travée offrant une petite baie au-dessus du portail et sous la voûte.