Origine et histoire de l'Abbaye St-Jean des Vignes
L’abbaye Saint-Jean-des-Vignes, fondée en 1076 par Hugues le Blanc sur la colline Saint-Jean à Soissons, fut un monastère augustinien dédié à saint Jean. Hugues, seigneur local, restitua cinq paroisses et deux moulins pour sa création, confirmée par le roi Philippe Ier. Une communauté de chanoines johannistes s’y installa, suivant la règle de saint Augustin, avec jusqu’à 90 moines, des convers et des sœurs couturières. L’abbaye devint un centre médical réputé pour ses plantes, expliquant sa riche décoration florale.
Les constructions actuelles débutèrent à la fin du XIIIe siècle (cellier, portails, réfectoire), tandis que la nef et les tours furent achevées aux XIVe–XVIe siècles. L’abbaye, entourée d’une enceinte, abritait 150 moines et gérait 30 fermes, devenant un grand propriétaire foncier. Elle reçut des dons royaux et seigneuriaux, mais la guerre de Cent Ans (XIVe siècle) imposa la construction de remparts. En 1414, Charles VI y établit son quartier général pendant le siège de Soissons.
L’apogée arriva aux XVe–XVIe siècles avec l’achèvement des tours (1488–1520) et la consécration de l’abbatiale en 1478. En 1544, Charles Quint y prépara le traité de Crépy. À partir de 1566, les abbés commendataires, nommés par le roi, négligèrent le monastère. En 1567, les huguenots du prince de Condé la pillèrent, détruisant archives, argenterie et vitraux. La Révolution française chassa les 72 moines restants en 1792, et l’abbaye fut transformée en manutention militaire.
Au XIXe siècle, malgré des protestations locales, l’église fut partiellement détruite (1809) pour vendre ses pierres. Seules les tours, classées monument historique dès 1875, subsistèrent. Aujourd’hui, les vestiges appartiennent à la Ville de Soissons, qui mène depuis 2016 une campagne de restauration des tours, soutenue par des fonds publics et du mécénat.