Origine et histoire des Alignements
Les alignements de Kerbourgnec, aussi appelés alignements du Moulin ou de Saint-Pierre, forment un ensemble mégalithique situé à Saint-Pierre-Quiberon, dans le Morbihan, comprenant plusieurs files de menhirs et un cromlech partiellement submergés. Ce complexe, aujourd'hui morcelé entre terre et estran, était à l'origine d'une ampleur comparable, voire supérieure, à celle des alignements de Carnac. La première mention connue du site revient à Mahé en 1825, qui signale l'existence d'un tertre trapézoïdal à l'est de l'enceinte, même s'il se trompe sur la position relative de l'enceinte et de l'alignement. En 1867-1868, Lukis et Dryden dressent plans et relevés et constatent que des paysans déplacent des pierres gênantes, puis G. de Closmadeuc (1882) et l'abbé Lavenot (1888) décrivent des menhirs s'étendant jusqu'à la mer et la disparition progressive d'éléments emportés par la mer ou détruits par les habitants. À la fin du XIXe siècle, l'État acquiert le terrain du Moulin et procède à une restauration menée par F. Gaillard ; le site est classé au titre des monuments historiques depuis 1889. La restauration a modifié la configuration visible, mais le prolongement sous-marin reste reconnu et a fait l'objet d'observations et de relevés ultérieurs.
L'ensemble visible aujourd'hui se répartit en trois secteurs : les alignements dits « nord », leur prolongement est sur l'estran distant d'environ 300 m, et le cromlech, situé à moins de 150 m au sud-ouest des alignements. Le cromlech est décrit comme composé de quarante pierres dans les études récentes, tandis que F. Gaillard le mentionnait comme comportant vingt-quatre menhirs, ce qui traduit des divergences de comptage selon les sources et les interventions. Les alignements restaurés présentent cinq files orientées est / sud-est, groupant vingt-trois menhirs visibles sur une longueur d'environ 60 m, auxquelles s'ajoutent une dizaine de menhirs dispersés sur des parcelles privées. Avant la restauration, le plan de Lukis ne montrait que deux pierres alignées ; les observations indiquent néanmoins deux secteurs aux hauteurs distinctes : des monolithes de 1,10 à 1,50 m dans un secteur et de 1,50 à 2,00 m, avec quelques dalles dépassant 2,00 m, dans l'autre, ainsi qu'un petit talus visible au nord-ouest où des blocs sont accolés.
L'extrémité orientale du site n'apparaît désormais qu'à marée basse et lors de coefficients exceptionnels d'au moins 110. Cinq campagnes océanographiques menées de 2006 à 2009 ont mis au jour environ 150 monolithes couchés en files parallèles dans les secteurs les mieux préservés de l'action des vagues. L'étude de ces pierres montre qu'elles étaient initialement à l'air libre avant d'être submergées par la transgression holocène, comme l'attestent des traces de météorisation antérieures à l'immersion. Les monolithes, datés du milieu du Ve millénaire av. J.-C., constituent le prolongement sous-marin de l'ouvrage néolithique situé à 600 m à l'ouest, sur le site du Moulin, et confirment l'existence de vestiges monumentaux s'étendant en mer jusqu'à environ -5 m NGF. Les relevés indiquent un complexe originel beaucoup plus vaste, comprenant plus d'une vingtaine de rangées orientées selon une direction de 108°N et développant au total près de 900 m, dont l'extrémité reste en permanence submergée.