Origine et histoire des Alignements
Les alignements de Lagatjar, également appelés alignements du Toulinguet, sont des vestiges mégalithiques situés sur la presqu'île de Crozon, à Camaret-sur-Mer (Finistère). Ce site, daté du Néolithique final, se compose de trois alignements principaux de menhirs, formant une structure en forme de « Π » renversée, avec un alignement central orienté nord-est/sud-ouest et deux alignements perpendiculaires. Les pierres, en grès quartzitique local, proviennent probablement des carrières voisines, situées à moins de 100 mètres du site.
La première mention écrite des alignements remonte à 1799, lorsque l’amiral Thévenard décrit 84 « grosses masses informes de rochers » disposées en plusieurs files. Au XIXe siècle, divers auteurs comme Cambry (1805), Brousmiche (1830), et le Chevalier de Fréminville (1835-1844) en donnent des descriptions variables, évoquant entre 60 et 180 pierres selon les sources. En 1883, le site est classé monument historique, mais sa dégradation se poursuit en raison des prélèvements de pierres par les carriers locaux. En 1908, le commandant Alfred Devoir propose une interprétation astronomique, liant les alignements aux solstices d’été et d’hiver.
Une restauration majeure est entreprise en 1927-1928 sous la direction de Bénard Le Pontois et de l’architecte Gaston Chabal, redonnant au site son apparence actuelle avec 87 menhirs et 11 pierres de calage recensés. Les fouilles de cette période révèlent une hache en bronze et un polissoir en grès, ainsi que des charbons de bois non datables avec les techniques de l’époque. Des hypothèses suggèrent que l’étendue originale des alignements pouvait atteindre 1,5 km, incluant des menhirs aujourd’hui disparus vers les hameaux de Kerbonn et Penhir.
Les descriptions anciennes mentionnent également des dolmens voisins, aujourd’hui détruits, ainsi qu’une roche naturelle retaillée appelée « Roche de l’Autel » ou « Pierre du Sacrifice », détruite au début du XXe siècle lors de la construction d’une batterie militaire. Bien que certains auteurs comme Georges-Gustave Toudouze (1956) aient évoqué un lien astronomique avec la constellation des Pléiades, cette hypothèse reste spéculative. Le site, propriété de la commune, est aujourd’hui protégé et accessible au public.
Les menhirs, de taille modeste pour la plupart, atteignaient autrefois jusqu’à 4 mètres de hauteur selon les témoignages du XIXe siècle. Leur disposition et leur orientation ont suscité de nombreuses interprétations, allant d’un temple druidique (Brousmiche, 1830) à un observatoire astronomique. Malgré les destructions partielles, les alignements de Lagatjar restent un témoignage majeur de l’architecture mégalithique bretonne et de son évolution à travers les siècles.