Origine et histoire
L'alignement d'I Stantari est un ensemble mégalithique situé sur le plateau de Cauria, à Sartène en Corse-du-Sud. Composé de cinquante-cinq monolithes, dont des statues-menhirs, il est mentionné dès la fin du XIXe siècle, mais les premières descriptions détaillées datent de 1964, lorsque Roger Grosjean découvre vingt-deux monolithes, dont sept statues-menhirs. Ces dernières, comme Cauria II et IV, présentent des sculptures phalliques, des visages stylisés, des épées et des détails anatomiques, suggérant une origine guerrière ou rituelle.
Le site a connu cinq phases d'occupation, depuis le Néolithique moyen jusqu'à l'abandon après la conquête romaine. La phase principale, entre 1415 et 880 av. J.-C., correspond à l'apogée du site, avec des alignements rectilignes, des terrasses et un mobilier archéologique (céramiques, outils lithiques). Les statues, initialement peintes à l'ocre rouge, furent redressées après les fouilles. Une phase de destruction, datée entre 200 et 50 av. J.-C., précéda leur réutilisation dans des clôtures agricoles.
Classé monument historique en 1975, le site comprend trois files de pierres, dont deux orientées nord-sud et une troisième, aujourd'hui couchée, alignée nord-est/sud-ouest. Les statues-menhirs, comme Cauria VIII (conservée au musée de Sartène), illustrent l'art mégalithique corse, marqué par des influences sardes. Leur découverte a permis de mieux comprendre les pratiques funéraires et symboliques de l'âge du bronze en Méditerranée.
Les fouilles de 1964 et 2002 ont révélé un outillage varié (silex, obsidienne, argile cuite) et des traces de feux liés à la destruction du site. Prosper Mérimée et Adrien de Mortillet avaient précédemment évoqué ces alignements, mais sans mentionner les sculptures. Grosjean identifia aussi un godet d'hématite, indiquant l'usage de pigments pour décorer les monolithes.
Le site, associé au dolmen de Fontanaccia voisin, témoigne d'une occupation continue et de transformations architecturales. Les statues-menhirs, avec leurs attributs guerriers (épées, baudriers), pourraient représenter des chefs ou des divinités. Leur style, proche des figurines sardes, souligne les échanges culturels en Méditerranée occidentale durant l'âge du bronze.