Frise chronologique
213 apr. J.-C.
Visite de Caracalla
Visite de Caracalla
213 apr. J.-C. (≈ 100)
Embellissements attestés par Dion Cassius.
80–140 apr. J.-C.
Construction initiale
Construction initiale
80–140 apr. J.-C. (≈ 110)
Édification en moellons de petit appareil.
IIIe siècle
Réaménagement partiel
Réaménagement partiel
IIIe siècle (≈ 350)
Partie ouest reprise en grand appareil.
dernier quart du IVe siècle
Abandon définitif
Abandon définitif
dernier quart du IVe siècle (≈ 450)
Fin des activités cultuelles et ludiques.
1846
Classement Monument Historique
Classement Monument Historique
1846 (≈ 1846)
Protection des ruines par l’État.
1963–1976
Fouilles Salin-Billoret
Fouilles Salin-Billoret
1963–1976 (≈ 1970)
Dégagement complet du monument.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Amphithéâtre romain (ruines) : classement par liste de 1846
Personnages clés
| Caracalla - Empereur romain |
Aura embelli l’amphithéâtre en 213. |
| Constantin - Futur empereur |
Lien supposé avec le sanctuaire (309). |
| Roger Billoret - Archéologue |
Dirigea les fouilles modernes (1963–1976). |
| Michel Goutal - Architecte en chef |
Restauration des gradins (années 1990). |
| Jean-Baptiste Prosper Jollois - Ingénieur |
Premières fouilles méthodiques (1820–1823). |
Origine et histoire
L’amphithéâtre de Grand, situé dans le département des Vosges, est un édifice gallo-romain construit entre 80 et 140 apr. J.-C. à l’extérieur du rempart du Haut Empire. Conçu comme un semi-amphithéâtre, il s’appuie sur les pentes d’un vallon (combe de la Roche) et combine une arène elliptique de 50,80 m et des gradins partiels au sud. Sa capacité, estimée entre 16 000 et 20 000 spectateurs, reflète l’importance de la cité antique des Leuques, tandis que sa maçonnerie en moellons de petit appareil, partiellement reprise en grand appareil au IIIe siècle, témoigne d’évolutions architecturales.
L’édifice, classé monument historique en 1846, fut initialement interprété comme un ouvrage mixte (théâtre et amphithéâtre) en raison de sa cavea incomplète au nord, où une façade rectiligne à arcades aveugles remplaçait les gradins. L’arène, entourée d’un podium et accessible par des parodoi voûtées, abritait des sacella dédiés à Mars, Jupiter, Diane et Némésis. Son abandon définitif au IVe siècle coïncide avec le déclin des cultes païens, bien que des sources tardives, comme les Panégyriques latins, évoquent un lien symbolique avec l’empereur Constantin en 309, hypothèse aujourd’hui contestée.
Les fouilles archéologiques, initiées au XVIIIe siècle par des ingénieurs comme Le Gendre et Jollois, révélèrent son état de conservation précaire, utilisé comme carrière de pierres par les habitants. Entre 1963 et 1976, Édouard Salin et Roger Billoret dirigèrent des campagnes majeures, impliquant même des détachements militaires, pour dégager l’amphithéâtre et son réseau karstique aménagé. Ce dernier, longtemps interprété comme un système d’adduction d’eau, fut identifié comme un phénomène naturel exploité pour des rituels liés aux eaux « salvatrices », renforçant l’hypothèse d’un sanctuaire dédié à Apollon-Grannus.
La restauration moderne, menée par l’architecte Michel Goutal dans les années 1990, inclut la pose de gradins en iroko pour protéger les maçonneries gélives et restituer partiellement la capacité d’accueil (4 500 places). Des prospections géophysiques (radar, magnétomètre) confirmèrent alors le rôle central d’une résurgence épisodique dans les cultes locaux. Aujourd’hui propriété du département des Vosges, le site s’inscrit dans un ensemble archéologique plus large, incluant une enceinte de 1 760 m et des quartiers d’habitation.
Les sources antiques, comme Dion Cassius, mentionnent une visite de l’empereur Caracalla en 213 apr. J.-C., marquée par des embellissements de l’amphithéâtre (réaménagement en grand appareil à l’ouest). Cependant, cette attribution, comme celle du passage de Constantin, reste débattue par les historiens contemporains. Les fouilles ont aussi mis au jour des autels dédiés à Jupiter Héliopolitain, soulignant les syncrétismes religieux du site, où se mêlaient influences romaines et cultes locaux gaulois.
Le monument, ouvert à la visite, illustre l’ingéniosité romaine en matière d’aménagement du relief (pente naturelle, vallon) et de gestion hydraulique. Son classement parmi les dix plus grands amphithéâtres romains, couplé à son histoire mouvementée — des premiers sondages du XVIIIe siècle aux techniques modernes de géophysique — en fait un témoin exceptionnel de la romanisation en Gaule et des pratiques cultuelles associées aux sources.